La guérison, c’est l’affaire des autres

Oeuvre de propos, mais aussi de nuances, <em>Monsieur Lazhar</em> parvient à émouvoir tout en faisant réfléchir.
Photo: Source Séville Oeuvre de propos, mais aussi de nuances, Monsieur Lazhar parvient à émouvoir tout en faisant réfléchir.

Dans la cour de récréation d’une école primaire, des enfants s’amusent dans la neige. Dans l’air, gaieté et insouciance. L’air absorbé, un gamin se détache du groupe et entre dans l’école afin d’aller chercher les berlingots de lait pour sa classe. Lorsqu’il arrive devant la porte du local, son regard se fige. À l’intérieur, on aperçoit le corps pendu de son enseignante. Dans l’air, commotion, état de choc. Entre en scène monsieur Lazhar, un immigrant au lourd passé qui prendra sur lui d’apprivoiser puis d’instruire ce groupe d’élèves éprouvés. Malgré la noblesse de ses intentions et le gros bon sens dont il fait preuve, cet homme digne et sensible sera confronté à la lourdeur administrative de même qu’aux aberrations qu’elle engendre, ainsi qu’à la mauvaise foi de certains parents prompts à exiger ceci et cela tout en se délestant de toute forme de responsabilités vis-à-vis de leurs enfants, que l’école doit non seulement éduquer, mais élever.

Oeuvre de propos, mais aussi de nuances, Monsieur Lazhar parvient à émouvoir tout en faisant réfléchir. Inspiré de la pièce Bashir Lazhar d’Évelyne de la Chenelière, le quatrième long métrage de Philippe Falardeau (La moitié gauche du frigo, Congorama) est son plus achevé à ce jour. Intelligemment écrit et finement observé, Monsieur Lazhar dénonce sans faire la morale et s’insurge sans crier. Ode aux enseignants et hommage vibrant à l’acte fondamental de la transmission du savoir, cette oeuvre mûrement réfléchie ne s’égare jamais du côté de la rhétorique.

Directeur d’acteurs émérite, Philippe Falardeau confirme son aisance à travailler avec des enfants après le très réussi C’est pas moi, je le jure !, un autre film s’intéressant à un garçon qui vit une forme de deuil. Dans Monsieur Lazhar, les jeunes Émilien Néron et Sophie Nélisse sont extraordinaires. Cela dit, si le film a l’impact qu’il a, c’est avant tout grâce au jeu infiniment attachant de Fellag, un acteur algérien qu’on espère revoir bientôt.

Cinéma : Monsieur Lazhar

ICI Radio-Canada, 22 h 30