À 200 pour regarder la télé en grand

M. Bates (Brendan Coyle) et Anna Bates (Joanne Froggatt)
Photo: Nick Briggs Carnival Films 2014 pour Masterpiece M. Bates (Brendan Coyle) et Anna Bates (Joanne Froggatt)

Dans la salle de réception de l’Olympic Conference Center, on a éteint les lumières, et tout le monde s’est tu. Les 200 convives du Holiday Gala Inspired by Downton Abbey. Eh ! On allait voir en primeur nord-américaine les 75 pleines minutes du premier épisode de la cinquième saison de la série britannique, fleuron de la programmation de PBS et clou de la soirée. Enfin !

Riches donateurs, entreprises commanditaires, grappes du tout Lake Placid mondain, fans particulièrement fervents s’étant fendus du prix d’entrée quand même gratiné de l’événement-bénéfice, invités de la station Mountain Lake PBS, on était tout à coup pareils. Dans la salle obscure, rien que des spectateurs. En un instant, le branle-bas qui avait précédé semblait prétexte. Oui, ça avait devisé joyeusement, échangé des cartes professionnelles, ri fort, trinqué au champagne, mangé le « Yorkshire Pudding with a Mushroom Demi » et le poulet à la Kiev (et ainsi de suite, façon chic british 1924), les prix de la tombola avaient été attribués, l’hommage très senti à la directrice Alice Recore avait eu lieu et bien lieu, mais il était 21 h 15 et plus que temps : l’heure de la projection.

Sur le grand écran installé pour l’occasion, après une bande-annonce de la programmation 2015, le thème dorénavant si familier a démarré, la chienne Isis et son Lord Grantham de maître se sont dirigés vers Downton Abbey, et tous nous autres à leur suite. Excitation palpable, frétillement général. Non, ces gens-là n’avaient pas fouiné sur des sites plus ou moins licites en septembre-octobre pour visionner les épisodes diffusés en Angleterre par le réseau ITV. Je l’ai demandé à gauche et à droite pendant l’heure des cocktails, à peu près personne n’avait même songé à lire les gazouillis dévoilant et commentant à l’infini les intrigues si savamment entrelacées par Julian Fellowes : pour beaucoup plus de gens qu’on pense en Amérique du Nord, la télé est encore la télé, et c’est le 4 janvier que ça repart, et pas avant. Sauf pour l’avant-première de ce samedi.

Comme au cinéma

Fascinante expérience que de regarder à 200 ce qui est conçu pour être vécu seul, à deux, en famille, entre amis. Logique limpide : une salle pleine, un bon film, ça ressemble à s’y méprendre au cinéma. Et ce premier épisode, dont je ne peux rien vous dire (écrivez-moi privément, si vous y tenez), est si brillamment mené, si mouvementé, à la fois hameçonnage pour la saison et histoire complète, que l’on en ressortait samedi comme d’une soirée aux vues. Les gens réagissaient en commun, rires en fusion (les « one-liners » de la ratoureuse Dowager Countess, délire !), murmures de désapprobation, frémissements aux moments idoines, petits « oooooh ! » dans les séquences de marivaudage (quel chassé-croisé dans ces chambres !), jusqu’à des applaudissements spontanés quand le très tordu Thomas est puni pour une autre de ses manigances (je ne vous apprends rien là).

C’était la joie, comme si nous étions tous sur Facetime ou Skype pendant la diffusion et que nous nous entendions maugréer, rire, arrêter de respirer, jouir : bien plus qu’avec les réactions dans les réseaux sociaux, ce partage d’un soir témoignait du sentiment de communauté bien réel de ceux qui vivent encore leur fiction télévisuelle simultanément. À se demander si on ne devrait pas programmer les meilleures séries de la télé dans les cinémas : je vous jure qu’il y a valeur ajoutée. Un conseil : regardez ça nombreux en janvier et en février. C’est comme à Downton Abbey : plus on est, plus il se passe des choses.

Et ça ne finira pas de sitôt : l’animateur de Mountain Lake PBS et maître de cérémonie Thom Hallock, en nous priant d’être prudents sur les routes enneigées des alentours de Whiteface Mountain (citant Maggie Smith et sa Dowager, encore : « That’s the thing about nature : there’s so much of it… »), a officiellement annoncé qu’il y aurait une sixième saison.

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3 commentaires
  • Donald O'Farrell - Abonné 15 décembre 2014 07 h 55

    Je t'aime !

    ...

  • Gilles Théberge - Abonné 15 décembre 2014 16 h 28

    Intéressant

    Même en ne disant rien on parle quand même. En voyant monsieur Bates et Anna illustrer la sixième saison, j'en déduis que la mort du violeur de sa femme ne sera pas attribué à Bates finalement...

    Que voulez-vous, on en n'est encore qu'à quelques saisons en arrière sur Télé Québec. Mais on est pas pressé tant que ça.

  • Gilles Théberge - Abonné 15 décembre 2014 16 h 29

    Je me trompe

    Excusez-là, c'est diffusé sur Radio Can et non sur Télé Québec n'est-ce pas?