L’Acadie dans tous ses États

Le documentaire <em>Grand-Pré, écho de l’UNESCO</em> prend pour prétexte l’inscription de ce lieu symbolique au patrimoine universel de l’UNESCO en 2012 pour raconter l’histoire mouvementée des Acadiens.
Photo: Radio-Canada Le documentaire Grand-Pré, écho de l’UNESCO prend pour prétexte l’inscription de ce lieu symbolique au patrimoine universel de l’UNESCO en 2012 pour raconter l’histoire mouvementée des Acadiens.

L’Acadie n’est pas un pays comme les autres. Cette nation « du coeur », à laquelle s’identifient autant les habitants francophones des provinces maritimes que les membres de sa diaspora étalée sur plusieurs générations, est célébrée ce vendredi à travers les traditionnels tintamarres et autres concerts qui rythmeront bien des recoins de l’Amérique du Nord. Outre le grand concert diffusé en direct d’Edmonston, la ville accueillant le Congrès mondial acadien, les téléspectateurs curieux de cette contrée singulière peuvent regarder deux documentaires qui décryptent l’histoire et le présent de ce peuple particulièrement résilient, et un autre qui nous fait découvrir un écosystème qui a marqué son évolution, celui de la baie de Fundy. Portrait d’une soirée télé de toutes les Acadies.

 

Lieu de départ et de mémoire

 

En plus de présenter à une heure décente (et non pas en fin de soirée, comme c’est le cas habituellement) le concert réunissant sur scène les grands noms de la musique francophone d’origine acadienne — Radio Radio, Les Hay Babies, Lisa LeBlanc, Marie-Jo Thério, Roch Voisine, Zachary Richard et Edith Butler —, ICI Radio-Canada Télé ouvre cette soirée avec Grand-Pré, écho de l’UNESCO, un film d’Anika Lirette.

 

Ce documentaire fort intéressant et plutôt dynamique prend pour prétexte l’inscription de ce lieu symbolique du Grand Dérangement au patrimoine universel de l’UNESCO en 2012 pour raconter l’histoire mouvementée des Acadiens, dont les premières générations ont rendu cultivables et habitables les terres marécageuses de cette région de la Nouvelle-Écosse actuelle grâce à l’élaboration d’ingénieux systèmes d’aboiteaux.

 

Le film souligne à coups de témoignages émus d’élus, d’historiens et de citoyens ordinaires, Acadiens de la Nouvelle-Écosse et d’ailleurs, et même anglophones, cette ingéniosité et l’impressionnante résilience dont a fait preuve cette population persécutée et chassée.

 

Au-delà du survol historique particulièrement éclairant, même pour ceux qui croient en savoir un peu sur le destin peu commun du peuple acadien, le documentaire laisse transparaître la fierté retrouvée de celui-ci, particulièrement évidente chez les jeunes générations, qui voient dans l’inscription du site de Grand-Pré au patrimoine mondial de l’UNESCO une raison d’espérer que leur « nation » survivra encore longtemps, et continuera de rayonner.

 

Dans les eaux du berceau

 

TV5 n’est pas en reste avec une programmation faisant référence à cette journée de fête, d’abord en diffusant l’épisode de la série maritime Les mondes inondés consacré à l’écosystème de la baie de Fundy, cette immense étendue d’eau où se produisent les plus fortes marées du monde. C’est dans cet environnement parfois hostile que les Acadiens ont réussi à développer des systèmes et techniques rendant possible l’agriculture, malgré l’inondation quotidienne des terres et les marécages. Ce documentaire invite au voyage sur ces eaux riches d’une faune, d’une flore et d’un relief certes familiers, mais adaptés aux conditions « extrêmes » que les marées induisent, et pourrait donner des idées pour de futures vacances à ceux qui n’y sont jamais allés...

 

Identité incertaine

 

Le dernier documentaire lève le voile sur une Acadie que l’on connaît moins. Ou plutôt sur une population que l’on associe naturellement au peuple acadien, mais qui ne s’y identifie pas nécessairement : les francophones de la vallée de la rivière Madawaska, qui comprend la région d’Edmonston, une partie du Témiscouata et le nord du Maine. Dans L’Acadie des frontières, Pat Gauvin braque sa caméra sur des Madawaskaiens issus de toutes ces régions, aussi appelés les « Brayons », qui se « sentent » Acadiens à divers degrés ou pas du tout, de sang ou de coeur ou par solidarité, comme les membres de la communauté malécite interrogés, qui voient dans le peuple acadien une nation qui ne leur a jamais été hostile.

 

Si la plupart des intervenants du film, fort sympathique et instructif, ressentent d’abord un sentiment d’appartenance à leur région, c’est peut-être un peu à cause de la « triple déportation » que leurs ancêtres ont vécue, tel que l’explique la directrice des Archives acadiennes de l’Université du Maine à Fort Kent, la Franco-Américaine Lise Pelletier.

 

Il y eut d’abord le Grand Dérangement, puis la déportation qu’ont dû subir les Acadiens revenus d’exil qui se sont installés dans la région de Fredericton, chassés par les loyalistes qui réclamaient ces terres au lendemain de la guerre d’indépendance américaine, et qui se sont réfugiés dans la péninsule acadienne. Enfin, il y en eu une dernière, que l’on peut davantage associer à une séparation, lors de la délimitation de la frontière avec les États-Unis, qui a divisé des communautés jusqu’alors soudées. Les resserrements aux douanes après le 11-Septembre ont renforcé ce sentiment de division.

 

L’un des segments les plus intéressants du documentaire met en lumière le sort des francophones du Maine. Ces descendants d’Acadiens ont pu vivre dans leur langue jusqu’à ce que l’influence du Ku Klux Klan, très présent dans la région contre les francophones, se fasse sentir jusque dans les législations. L’interdiction de parler français à l’école, du milieu des années 1920 à la fin des années 1960, et le racisme ordinaire ont fini de convaincre ces derniers de ne plus apprendre le français à leurs enfants, avec pour résultat que, sur le tiers de la population du Maine d’origine francophone, une très faible proportion arrive encore à s’exprimer en français aujourd’hui. Le film donne la parole à quelques courageux, dont une sénatrice du Maine qui tente avec plusieurs de raviver la flamme francophone dans son coin de pays. Le sentiment d’appartenance à une communauté plus vaste et l’exemple de ténacité des ancêtres lointains ne sauraient nuire...

Grand-Pré, suivi de la Fête nationale de l’Acadie

ICI Radio-Canada Télé, vendredi 15 août dès 19 h

Les mondes inondés : la baie de Fundy et L’Acadie des frontières

TV5, vendredi 15 août à 19 h et 22 h