Pays arabes à fleur de peau

Le titre est attirant, voire quelque peu provocateur. Après le soulèvement dans les pays arabes en 2011, le journaliste français Paul Moreira, qui a réalisé de nombreux reportages au Moyen-Orient et au Maghreb, ose poser des questions qui dérangent sur la place du sexe dans les rapports hommes-femmes et les risques de répression avec la montée des islamistes et des salafistes dans la région.

 

Si on regarde ce documentaire avec nos yeux d’Occidentaux, il y a assurément des images et des propos qui dérangent — on voit des femmes se faire violer sur la place Tahrir, au Caire, de petites filles excisées ou encore une femme ridiculisée par ses pairs. De toute évidence, Paul Moreira est parti avec une idée en tête bien précise, soit celle de montrer que la prise du pouvoir des extrémistes religieux pourrait être catastrophique pour la femme.

 

Le réalisateur montre notamment que les femmes en Égypte sont harcelées, molestées et même abusées par des hommes frustrés de ne pouvoir exprimer leur sexualité. Il va même jusqu’à interviewer des harceleurs et un député salafiste pour démontrer sa thèse. Mais à travers des témoignages de militantes et de la blogueuse Alya Al-Mahdy, qui s’est fait connaître pour avoir mis en ligne une photo d’elle nue, le réalisateur cherche à faire des liens, parfois douteux, entre les problèmes relationnels dans les pays arabes et la répression religieuse qui y sévit.

 

Si on regardait ce documentaire avec les yeux de femmes et d’hommes qui se sont soulevés contre la dictature, la corruption et l’irrespect des droits de la personne, les images et les propos tenus seraient assurément jugés exagérés. La vision de Paul Moreira est teintée de clichés et d’histoires qui sont souvent sorties de leur contexte. Même s’il effleure de nombreux sujets sensibles, à aucun moment il n’aborde le poids des traditions, de la famille, de la religion et du contexte socioéconomique qui garde ces peuples dans des situations de précarité extrême et qui les empêche de s’exprimer.

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Grands reportages : Sexe, salafistes et printemps arabe

RDI, 20 h