Crier pour l’art et pour l’éveil

Rares sont les voix libres et tonitruantes dans notre Québec, depuis que celles de Pierre Falardeau et de Pierre Bourgault se sont éteintes. Mais le sculpteur Armand Vaillancourt n’a jamais dételé.

Ce documentaire de Jacques Bouchard nous renvoie à l’homme et à l’artiste à travers le temps et l’espace, de Montréal à San Francisco, en passant par la Gaspésie, mais aussi par Québec. Car, monté sur un cheval comme un preux chevalier, il avait investi la capitale en 1971 pour défendre la murale de Jordi Bonet au Grand Théâtre, avec les mots de Péloquin : « Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ! » Ceux-ci avaient déplu à l’auteur des Plouffe, Roger Lemelin, et à un groupe de bien-pensants. Honni soit qui mal y pense ! rétorquait le sculpteur. À travers des films et des documents d’archives, certains documentaires de Jacques Giraldeau entre autres, on le revoit fougueux dans sa belle jeunesse, défendant l’art qui ne livre pas ses codes tout cuits.

 

C’est en 1971 aussi qu’Armand Vaillancourt réalisa à San Francisco la sculpture Québec libre à l’Embarcadero Plaza, qui fit tant causer et allait quelques années plus tard récolter les graffitis de Bono, lors d’un concert de U2. Parmi ses oeuvres, L’arbre de la rue Durocher se détache, admirable.

 

Le film nous présente Vaillancourt sous un tas de costumes et de déguisements. Il se sera beaucoup amusé avec son statut d’artiste médiatique, y injectant un panache humoristique qui fait encore sa gloire. On le voit également mettre à profit ses talents de communicateurs au milieu des foules les plus disparates, le verbe haut, la passion politique, créatrice, écologiste, vibrante et vivace. « Dans mon expression, je ressemble à la guerre, dit-il. Je suis un produit du XXe siècle qui a détruit plus que tous les millénaires avant lui. »

 

Cet homme, dont la vie et l’oeuvre se sont confondues en un jaillissement d’indignation, se livre ici, avec commentaires du sociologue Guy Durand, également critique d’art, le poing levé, battant le pavillon du militantisme. Et si des redites viennent parfois casser le rythme, Le cri d’Armand Vaillancourt vaut bien d’être répercuté par tous les porte-voix, au petit écran comme ailleurs.

Le cri d’Armand Vaillancourt

Artv, 19 h 30

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