Un bavard est un homme qui parle seul

Le Lac-Saint-Jean, lors d’un hiver parti-culièrement rigoureux — comme celui de cette année, tiens. À 67 ans, Marcel Lévesque n’entend pas prendre sa retraite de sitôt. Vendeur de voitures émérite, il n’a pas de scrupule à vendre à de futurs chômeurs des véhicules qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir. Marcel n’en est pas moins un homme bon, mais qui vit dans un certain déni. Il ne prend pas la pleine mesure du contexte économique catastrophique que subit sa communauté mono-industrielle.

 

Seulement deux personnes parviennent à distraire Marcel de son métier : sa fille Maryse et son petit-fils Antoine, qu’il adore. Comme c’est trop souvent le cas lorsqu’on traverse l’existence avec des oeillères, il faudra une tragédie pour éveiller la conscience engourdie de Marcel.

 

Le vendeur, un premier long métrage affichant une maîtrise rare, a permis au cinéaste saguenéen Sébastien Pilote de s’imposer d’emblée comme une voix nouvelle et prometteuse du cinéma québécois. Sorti en 2013, Le démantèlement (nommé aux Jutra) est venu confirmer tout cela, et plus encore. Tourné dans son coin de pays avec un regard d’une acuité remarquable, jamais complaisant ou folklorisant parce que posé par quelqu’un de la place et non par un réalisateur en visite, Le vendeur résonne vrai et franc. Et beau.

 

Très assuré tant sur le plan de l’écriture que sur celui de la mise en scène, concertée mais jamais maniérée, Le vendeur voit son impact tranquille décuplé grâce à l’interprétation bouleversante de Gilbert Sicotte (Continental : un film sans fusil, Miraculum). Son jeu tout en finesse dans Le vendeur rappelle, d’une part, quel grand acteur il est et, d’autre part, qu’on le voit trop peu au cinéma. Quant à Sébastien Pilote, sans doute le meilleur est-il encore à venir, pour le bonheur renouvelé des cinéphiles.

Cinéma : Le vendeur

Radio-Canada, 22 h 40