La série «Mensonges» pleine de promesses

Mensonges met en vedette deux spécialistes de l’interrogatoire joués par Fanny Mallette et Éric Bruneau.
Photo: Source TVA Mensonges met en vedette deux spécialistes de l’interrogatoire joués par Fanny Mallette et Éric Bruneau.

On se le fait tellement répéter que ça doit bien être vrai : la game a changé. Elle a changé pour les journaux, devenus des plateformes multimédias en ligne. Elle a changé pour la musique, maintenant presque entièrement dématérialisée. Elle change pour la télé, qui se regarde de plus en plus à volonté, n’importe quand et sur toutes sortes d’écrans, petits et grands.

Club Illico, le service numérique par abonnement de Vidéotron, prend le virage à son tour en proposant Mensonges, première série originale québécoise diffusée tout d’un bloc sur un service de vidéo sur demande. La production est disponible depuis jeudi pour les abonnés du service. La série ira se faire voir en juin sur la chaîne Addik TV puis, peut-être, sur d’autres plateformes, y compris TVA, pourquoi pas ?

Le Club a fini l’an dernier avec 60 000 foyers qui ont cumulé 11 millions de visionnements. À elle seule, la première saison de 13 épisodes de la récente série de science-fiction américaine Le dôme, offerte à partir de la fin de décembre, a généré 400 000 téléchargements. Le Club a également reçu à l’automne, en primeur, trois épisodes de l’excellente production humoristique Les beaux malaises. La grosse machine en aurait diffusé davantage si le calendrier des montages l’avait permis.

La création écrite par l’humoriste Martin Matte a été vue 150 000 fois au total pendant six semaines. En gros, comme le Club comptait alors moins d’abonnés, chaque foyer-client a donc visionné les trois épisodes offerts. En plus, la diffusion sur la plateforme spécialisée à l’accès réservé ne semble pas avoir eu d’impact sur les cotes d’écoute lors de la diffusion à la télé généraliste et pourrait même au contraire avoir servi de levier promotionnel, par le bouche à oreille. La game change de toutes sortes de manières.

 

Contenu/contenant

« Si nous n’avions pas eu autant de clients, nous n’aurions pas pu nous intégrer aussi rapidement dans des modèles de financement de série », dit Isabelle Dessureault, vice-présidente à l’exploitation des contenus chez Vidéotron, interviewée en table ronde au visionnement de presse cette semaine. « Compte tenu du fait que nous avons connu un succès au-delà de nos prévisions, nous avons pu devancer l’appui à la création originale. La vidéo sur demande peut donc être un déclencheur de production. C’est comme ça que l’équipe de Contenu QMI va pouvoir poursuivre. »

Cette branche de Québecor, nouvellement fondée, aurait augmenté le nombre de projets en développement. La vice-présidente création de Création QMI, Ginette Viens, explique qu’elle pourrait déjà envisager la production d’émissions uniquement destinées à la plateforme sur demande. Cette option imiterait à plein le modèle éprouvé par le service américain Netflix avec ses deux saisons de House of Cards lancées tout d’un coup ces deux derniers 14 février.

« Mais ce n’est pas le modèle que nous avons choisi pour Mensonges parce que nous considérons que cette série peut avoir plusieurs vies, ajoute Mme Viens. Elle peut très bien vivre sur plusieurs plateformes. »

Mme Dessureault pense que l’option purement netflixienne se jouera sur la masse critique des abonnés. Elle rappelle toutefois que le pure player américain décline aussi ses oeuvres sur plusieurs supports, par exemple sur les systèmes de divertissement des avions. « On n’est pas encore rendus là. On n’a pas encore les moyens de ne produire que pour le Club. Mais on pense [qu’en attendant] il y a des clients pour des diffusions sur plusieurs plateformes. »

Les filiales de Québecor refusent de dévoiler les montants en jeu. Impossible donc de savoir combien chacun des partenaires a versé comme écot dans le pot de départ pour produire Mensonges.

 

Dans le Club Illico, la série rejoint environ 4000 titres, ce qui en fait le catalogue le plus richement doté en français. La stratégie de développement vise à gonfler l’offre en primeurs pour satisfaire les demandes. « C’est un produit qui bouge beaucoup et qui a besoin de renouvellement constant, explique encore Mme Dessureault. D’où la stratégie des primeurs pour garder le client fidèle. »

Là encore Netflix montre la voie. Et Radio-Canada suit, avec l’annonce récente de la constitution d’une sorte de club Tou.tv. Les détails demeurent secrets, mais bon, en gros, on sait que cette plateforme Extra permettra des visionnements sans publicité (c’est aussi le cas sur Illico à 10 $ par mois et Netflix à 8 $) de tout le catalogue déjà disponible. On comprend aussi qu’il y aura au moins deux séries étrangères, Top of the Lake et Engrenages. Par contre, Radio-Canada n’annonce aucune production originale et intégrale, comme Mensonges.

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L'ART DE MENTIR

C’est franchement bien bon. La série policière psychodramatique Mensonges présente les enquêtes menées par deux spécialistes de l’interrogatoire joués par Fanny Mallette et Éric Bruneau. Le duo est appuyé par Sylvain Marcel dans un rôle de collègue terre à terre et tout-terrain. L’imitateur Pierre Verville joue le capitaine, « mais sans mimiques », observe le réalisateur Sylvain Archambault, qui avait déjà choisi le comique dans sa dramatique Les Lavigueur.

Le scénariste Gilles Desjardins (Musée Éden) a eu la brillante idée de situer l’action sur les lieux des interrogatoires, dans les box où les témoins comme les suspects se succèdent à la question menée par des pros. Les huis clos accentuent l’importance des dialogues. Des va-et-vient constants vers les maisons des protagonistes ou les scènes de crimes aèrent et complètent la belle proposition.

Les enquêtes sont bouclées d’épisode en épisode, mais la trame souterraine des vies de famille se poursuit de l’un à l’autre. Cette mécanique narrative permet de multiplier l’examen des mensonges et de leurs effets.

Une deuxième saison de cette production est en préparation et elle devrait emprunter le même chemin de diffusion à plusieurs voies. Tant mieux, parce qu’au-delà de leurs contenants, par leur contenu, ces Mensonges tiennent leurs promesses. Et c’est bien ainsi que la game change…

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