Après le désespoir

Dans un hôpital anonyme, une jeune femme se remet d’un terrible accident qui a coûté la vie à sa fille et à son conjoint, un compositeur célèbre. Accablée de leur avoir survécu, elle vit sans vivre, spectre errant. De tentative de suicide avortée en convalescence pénible, Julie fuit la maison qui fut autrefois le théâtre de son bonheur familial. Retranchée dans un appartement à Paris, elle tente de tourner le dos au passé, d’oublier celui-ci en coupant les ponts avec tous ceux et celles qui l’ont connue autrefois.

 

C’est bien sûr impossible et, alors que des accointances se manifestent, certaines insistantes, comme Olivier, l’ancien assistant de son mari, Julie retrouve graduellement le monde des vivants.

 

Or, non seulement Olivier est-il manifestement épris de Julie, mais il suggère en plus qu’elle serait la véritable auteure des oeuvres attribuées à son époux décédé. Dans la balance : une ultime composition inachevée devant célébrer l’union européenne et la fin de la guerre froide.

 

Il ne s’agit là que de l’un des nombreux secrets avec lesquels jongle le scénario de Bleu, premier volet de la trilogie que le cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski (1941-1996) consacra au drapeau français et à sa devise : liberté (Bleu), égalité (Blanc), fraternité (Rouge).

 

Méditation sur le thème de la liberté, donc, Bleu constitue avant tout une bouleversante exploration du deuil et, ceci expliquant cela, de l’émancipation qui peut en résulter pour peu que l’on accepte de le vivre, ce que tente justement d’éviter Julie tout du long, avant de finalement lâcher prise.

 

Magnifiquement filmé et photographié, Bleu bénéficie de ce qui demeure sans doute la plus belle composition de Juliette Binoche (Copie conforme, Camille Claudel 1915).

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