L’enfer syrien au quotidien

Homs est située à l’épicentre du conflit syrien, cette guerre civile d’une violence intolérable dont on n’entrevoit même pas la fin. Les photos les plus « parlantes » en provenance de la Syrie ont souvent été prises dans cet enfer.

 

Un documentaire en est sorti récemment. Retour à Homs, une oeuvre primée au dernier Festival de Sundance, fait la chronique du siège de cette ville syrienne, qui a été l’une des premières à se soulever contre le régime de Bachar al-Assad en 2011. Plus encore que Damas, Alep ou Hama, Homs est devenue le symbole de la crise syrienne.

 

Abdoul Basset Saroot est un aspirant chanteur populaire et une vedette nationale de soccer quand le vent chaud du Printemps arabe commence à souffler sur la Syrie en 2011. Avec ses copains, il devient guérillero quand il se rend compte que le régime en place répond aux manifestations pacifiques par les bombes et les balles des francs-tireurs.

 

Le film commence par des images de ces rassemblements tenus dans une ambiance bon enfant. Cela ne dure pas longtemps. Des amis, des voisins vont bientôt disparaître. D’autres vont tomber sous les balles. Les soldats et les chars se font graduellement plus nombreux dans le paysage. Les bombes ne tarderont pas à pleuvoir. Les murs des immeubles comptent de plus en plus de traces d’impact, jusqu’à ce qu’ils se transforment en amoncellements de gravats. Il y a un crescendo dans la violence. C’est difficile à supporter. Ce n’est pas une fascination malsaine de la part des preneurs d’images : il n’y a rien d’autre à filmer à Homs. Plutôt si : il y a quand même la vie quotidienne, ou plutôt la survie, dans les quartiers aux trois quarts démolis de cette ville que pilonnent les forces du régime.

 

Le documentaire résulte de 300 heures de tournage entre 2011 et 2013. Le producteur Orwa Nyrabia et le réalisateur Talal Derki ont passé le plus de temps possible avec Abdou Basset et ses compagnons d’armes. Quand ils devaient quitter Homs pour des raisons de sécurité, ils fournissaient à ces derniers le matériel nécessaire pour tourner eux-mêmes. Toutes les images ont évidemment été sorties clandestinement de la Syrie. Le réalisateur a été détenu pendant plusieurs semaines l’an dernier, quand les autorités ont découvert qu’il produisait un documentaire avec des « terroristes ». C’est à la suite d’une campagne menée par des sommités du cinéma américain, comme Martin Scorsese et Robert De Niro, qu’il a pu recouvrer sa liberté, dit-on.

 

Située au centre du pays, pas très loin du Liban, Homs comptait au début de la guerre un million d’habitants, alaouites, sunnites, chrétiens, etc. Cette ville industrielle et universitaire constitue également un carrefour routier entre la Méditerranée et l’Irak, ce qui explique en partie l’importance qu’elle revêt aux yeux du régime syrien.

 

En Syrie, l’opposition est à ce point morcelée que des factions se paient le luxe de s’affronter militairement. Déserteurs de l’armée, laïcs, progressistes, islamistes enragés ou modérés, exilés, miliciens du cru : Bachar al-Assad a devant lui des adversaires tellement désunis qu’il n’est pas si étonnant qu’il ait pu se maintenir au pouvoir.

 

La guerre civile étend ses métastases aux quatre coins du pays et déborde sur le Liban et la Turquie. Elle a fait plus de 130 000 morts et forcé six millions de Syriens à prendre le chemin de l’exil, les deux tiers à l’intérieur du pays et les autres à l’étranger.

 

Il y a quelques semaines, les Nations unies et le Croissant-Rouge syrien ont convaincu les belligérants d’observer une trêve humanitaire à Homs. Cette accalmie a permis aux travailleurs humanitaires d’acheminer des vivres et des médicaments dans les zones touchées par les combats, tout en donnant aux civils qui s’y trouvaient coincés depuis des mois l’occasion d’en sortir.

 

Abdoul Basset compte rester à Homs et combattre, selon le producteur Orwa Nyrabia. Héroïsme, masochisme, goût d’en finir ? À vous de juger.

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Grands reportages : Retour à Homs

RDI, jeudi le 13 mars à 20 h