Télévision à la une - La fièvre du samedi soir

La mouture québécoise reprend le même canevas, avec un groupe de musiciens présent sur le plateau (Radio Radio casse la glace) et des saynètes. Celles-ci seront livrées par la troupe maison composée de Katherine Levac, Léane Labrèche-Dor, Mathieu Quesnel, Phil Roy, Pier-Luc Funk et Virginie Fortin.
Photo: Télé-Québec La mouture québécoise reprend le même canevas, avec un groupe de musiciens présent sur le plateau (Radio Radio casse la glace) et des saynètes. Celles-ci seront livrées par la troupe maison composée de Katherine Levac, Léane Labrèche-Dor, Mathieu Quesnel, Phil Roy, Pier-Luc Funk et Virginie Fortin.

Ce n’est pas une émission de télévision, c’est un monument. Saturday Night Live (SNL), émission à sketchs hebdomadaire du réseau NBC, comptera bientôt 40 saisons et près de 750 épisodes. Depuis sa création en 1975, la légendaire production comique a accumulé environ 125 nominations aux Emmy Awards et remporté une vingtaine de ces prestigieuses récompenses de la télé américaine.

La version originale est encore enregistrée tous les samedis soir en direct du studio 8H du 30 Rock à New York. La formule bien connue enchaîne les courtes prestations comiques, auxquelles participe un invité spécial, souvent une très grosse vedette. Vers le milieu de la diffusion, un segment propose un faux bulletin d’information, mère de toutes les déclinaisons du genre vues ici comme ailleurs.

La source à laquelle s’abreuvent l’excellent Pierre Brassard et ses plus ou moins pâles copies nationales depuis des lustres est là.

L’aventure ininterrompue a révélé d’innombrables talents: Eddy Murphy, Tina Fey, Bill Murray, Mike Myers, Adam Sandler ou Chris Rock, entre autres. Larry David, cocréateur de Seinfeld, y a fait ses classes comme scripteur, mais n’a réussi qu’à y placer un seul sketch. Il a démissionné du job un vendredi et y est retourné le lundi comme si de rien n’était. L’anecdote a servi plus tard dans un épisode de la sitcom.

Les sketchs de SNL se comptent par milliers. Certains ont fait l’objet d’adaptations au cinéma, dont la série des Blues Brothers. L’émission a aussi été déclinée dans plusieurs pays: en Russie, en Italie, jusqu’en France. Le Québec s’y met à son tour avec un diptyque-test qui pourrait mener à une émission régulière l’an prochain.

Une première

Michel St-Cyr, producteur exécutif de la maison Fairplay, derrière la mouture nationale, a assumé cette idée à l’automne 2011 en écrivant à Broadway Video, boîte new-yorkaise derrière SNL, pour se renseigner sur la possibilité d’acquérir des droits.

«Ce sera une première, dit-il. Jusqu’à maintenant, la compagnie s’associait avec un diffuseur pour créer des versions étrangères. Nous, nous voulions produire nous-mêmes. Nous les avons rencontrés. Nous avons discuté avec eux après avoir vu le show du mois de janvier 2012 auquel participait Daniel Radcliffe [Harry Potter]

Une fois les droits obtenus, Fairplay a approché Zone 3 comme partenaire, puis différents diffuseurs. Télé-Québec a mordu immédiatement.

La mouture québécoise reprend le même canevas, avec un groupe de musiciens présent sur le plateau (Radio Radio casse la glace) et des saynètes. Celles-ci seront livrées par la troupe maison composée de Katherine Levac, Léane Labrèche-Dor, Mathieu Quesnel, Phil Roy, Pier-Luc Funk et Virginie Fortin. L’humoriste Louis-José Houde animera la première du 8 mars, tandis que Stéphane Rousseau pilotera la seconde, le 22 mars. Il y aura bien sûr des invités spéciaux.

Reste à savoir pourquoi. Pourquoi refaire SNL ici? Pourquoi reprendre ce qui a déjà été bien fait?

«De nos jours, toutes les émissions sont tournées de la même manière, avec 32 plans pour 3,15 minutes, avec de la musique et des effets spéciaux, répond le producteur. Il n’y a plus d’émission à sketchs au Québec. SNL est la seule émission en Amérique du Nord qui ose encore travailler avec deux caméras, en direct. J’ai toujours aimé cette audace, et mon grand défi est de ramener cette façon de faire au Québec, où les gens ont l’habitude de voir des produits très léchés. »

Les répétitions ont occupé la troupe toute la semaine. Une générale est prévue ce samedi devant public, avant la production à chaud. «C’est tellement un vrai direct que j’ai les mains moites juste d’en parler, dit le producteur interviewé lundi dernier. Ça ne se fait plus comme ça. Quand on va changer de décor, la caméra va le montrer. C’est aussi une émission à perche pour la prise de son parce qu’on ne peut pas utiliser des micros sur des costumes dont il faut changer rapidement.»

Alors, pourquoi tant d’efforts pour deux émissions seulement? Le producteur aurait visiblement voulu en offrir plus, mais ses partenaires ont préféré tester la profondeur de l’intérêt public avant de se mouiller complètement.

«Comme producteur, je n’ai pas le contrôle de la grille. En même temps, c’est toute une organisation et c’est bien de pouvoir commencer lentement. On apprend en le faisant. Mon associé et moi, nous sommes allés quatre fois à New York. Nous avons la bible de production. On voit comment ça fonctionne, mais reproduire SNL, c’est autre chose.»

On le répète une dernière fois: SNL, ce n’est pas une émission de télé, c’est un monument...

SNL Québec
Télé-Québec, les samedis 8 février et 22 mars à 21h
En rediffusion les vendredis 14 février et 28 mars à 22h