Télévision à la une - 19-2, prise 2

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Photo: Bell Médias Benz Antoine et Jared Keeso, dans 19-2.

Le personnage de Benoît Chartier est devenu Ben Chartier. Le comédien Claude Legault a cédé la place à Jared Keeso. Par contre, c’est encore Benz Antoine qui joue Tyler Joseph, policier alcoolique.

La scène de leur virée initiale, après la première journée de travail de la recrue Chartier, se termine aussi sur le mont Royal, la nuit. Tyler présente la ville comme sa femme, celle qu’il protège depuis une bonne décennie.
 
Dans la version originale, diffusée en français à la télé de Radio-Canada, la paire en goguette contemple le côté est de la dame, son interminable face résidentielle peuplée de francophones.
 
Dans la transposition en anglais de Bravo et CTV qui prend les ondes cette semaine, Tyler entraîne plutôt Chartier sur le belvédère ouest. Ils admirent de là le magnifique centre-ville à l’américaine, brillant de tous ses feux.
 
«Nous avons fait ce choix pour une raison très simple: les gens à l’extérieur [du Québec] connaissent peu Montréal; alors, le diffuseur nous a demandé des points plus “signature”, dit Jocelyn Deschêne, producteur et président fondateur de Sphere Media Plus, la maison derrière la création du double. L'originale était de la maison Films Zingaro 2. Pour la même raison, nous avons aussi tourné dans le Vieux-Montréal, et finalement dans une zone plus large de la ville.»

Lyrisme et silence
 
Faut-il vraiment présenter la série? La première comme la seconde mouture racontent la vie au poste 19 de Montréal. L’agent Chartier et son partenaire Nick Berrof (devenu Nick Barron) patrouillent dans la voiture numéro 2. La vie de la ville multiplie les intrigues plus ou moins extraordinaires tandis que se révèle l’existence difficile des différents policiers: Chartier et son couple en crise, Berrof/Barron et son passé trouble, les familles très compliquées de l’un et de l’autre, le tout sur fond de crise au poste, où une taupe semble couler de l’information au crime organisé.
 
«On a voulu garder le maximum de la série francophone, l’esprit de la production, explique encore M. Deschêne. C’est une série plus près de l’humain, plus humaniste que la majorité des séries policières habituelles, où on mise plus sur l’action. On voulait aussi garder l’aspect plus poétique, avec l’intériorité, un certain lyrisme aussi. On a essayé différentes musiques, et on est revenu à la trame originale.»
 
Et quoi encore? Les personnages demeurent les mêmes et l’action ne change pas, ou si peu. L’ensemble conserve son aspect réaliste ou documentaire en utilisant encore la caméra à l’épaule et les plans-séquences. Par contre, le rythme s’accélère un peu.
 
La première version se voulait plus contemplative, plus méditative, la caméra du réalisateur Podz étant au service d’une narration par les images multipliant l’exposition de flux de conscience. Podz aurait été trop occupé pour reprendre le travail lui-même, qui a été confié à Louis Choquette et Érik Canuel.
 
«Je n’ai pas la prétention de savoir ce que veut le public anglophone. Je fais affaire avec des clients qui ont des exigences et je les respecte. [...] C’est une question de culture, dit le patron. On a opté pour un rythme un peu plus rapide. Les Canadiens anglais aiment bien les gros plans. Ils veulent des reaction shots, des champs-contrechamps.»
 
Il s’agit aussi de la première commande du genre pour Bravo et CTV. Leur public est habitué aux productions des chaînes généralistes, souvent en épisodes fermés, alors que 19-2 poursuit l’action d’épisode en épisode. «Il ne faut pas penser qu’elles vont se lancer tout de suite dans la grande aventure et le grand risque. Déjà, Bravo et CTV font un très grand pas avec notre production.»

D’une langue à l’autre
 
La transformation la plus évidente concerne la langue. Les protagonistes conservent leurs patronymes (Isabelle Latendresse, Julien Houle, Audrey Pouliot...) mais s’expriment en anglais. «Si on avait [conservé] la série en français avec des sous-titres, il y aurait eu peu de chances que les gens la regardent. Si on l’avait [doublée] en anglais, avec des accents français, il y aurait eu peu de chances que ça marche bien. Alors, on l’a [refaite] en anglais à Montréal.»
 
Le changement de casting de Berrof (Réal Bossé) à Barron (Adrian Holmes) saute aussi aux yeux. «C’est la première fois qu’un Noir joue un lead dans une série au Canada anglais, dit le producteur. Mais on n’a pas fait ça pour ça. On cherchait une énergie.»
 
Sphere Media a l’habitude des transpositions. Les hauts et les bas de Sophie Paquin et Rumeurs ont été retournées en anglais, mais les nouvelles versions ne situaient pas l’action à Montréal.
 
Le financement de la prise 2 de 19-2 a nécessité l’apport d’un distributeur international, Content, basé à Londres, à New York et à Los Angeles. La compagnie va maintenant tenter de placer son produit remanié dans les télés du monde.
 
Le producteur québécois était à Los Angeles cette semaine pour fignoler ce dossier et négocier d’autres collaborations, notamment le remake de la série Mauvais karma. La troisième saison en français de 19-2 sera tournée l’été prochain.
 
19-2
CTV, les jeudis à 22h
En rediffusion les samedis à 21h
Bravo, les mercredis à 21h
En rediffusion les vendredis à 22h