De très bons plaisirs

Martin Matte, entouré de sa famille fictive mise en scène dans Les beaux malaises : sa femme, Julie (Julie Le Breton), et leurs enfants, Léo et Florence.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Martin Matte, entouré de sa famille fictive mise en scène dans Les beaux malaises : sa femme, Julie (Julie Le Breton), et leurs enfants, Léo et Florence.

La toute première scène se passe dans le salon de la belle maison des Matte. Le cadet, Léo, « 5-6 ans », demande à son père humoriste pourquoi certains parents divorcent. Martin Matte répond qu’en gros, c’est à cause des enfants, qui dérangent, qui prennent trop de place et qui n’obéissent pas non plus. Léo file faire le ménage de sa chambre…

 

Le deuxième épisode s’ouvre encore dans le salon, cette fois avec Florence, l’aînée. Elle dessine devant la télévision. Une pub avec son père apparaît. Elle lui signale qu’elle ne la trouve pas drôle. Martin lui explique qu’elle est trop jeune pour comprendre. Elle réplique que non puisqu’une autre pub le mettant en vedette l’a déjà fait rire. Vexé, le père indigne finit par faire des doigts de déshonneur pendant que Florence, huit ans, lui tourne le dos. Encore un « beau malaise »…

 

La série, « effrontée et délirante », comme le dit avec justesse la documentation promotionnelle, arrivera en ondes à TVA le mercredi 22 janvier à 21 h. C’est franchement jouissif et ce sera aussi étonnant qu’injuste si Les beaux malaises ne devient pas un des plus grands succès de l’année.

 

La très, très bonne production oscille donc autour du quotidien de Martin Matte, humoriste à succès. On le suit dans son quotidien, pour ainsi dire avant ou après ses one man shows. La galerie de personnages comprend sa femme, Julie (Julie Le Breton), hyperconsommatrice, sa mère, Monique (Michèle Deslauriers), trop impudique aux oreilles de son fils, et ses amis Patrick (Patrice Robitaille), un gars de base très terre à terre à la radio-X, et Jean-François (Martin Perizzolo), plutôt anxieux et indécis.

 

La comédie joue avec les codes de l’autofiction, genre très porteur mais assez peu exploité ici. L’écriture de Martin Matte (aidé par François Avard) et le jeu amplifient le côté réaliste et décuplent donc l’effet quasi documentaire.

 

Les situations en rajoutent en misant sur le banal ou le quotidien d’une vedette. Au deuxième épisode, Martin veut faire réparer son grille-pain et n’y arrive pas. Le troisième et dernier épisode vu par la presse lundi explore les bonheurs et les malheurs de la notoriété. D’autres à suivre dans la première dizaine traiteront de l’argent ou de l’amitié. Il y a donc moyen de rire beaucoup et de réfléchir un peu, merci.

 

La série vraiment sympathique et intelligente utilise plein de trucs pour pimenter la narration — des apartés, les projections dans le passé ou le futur, l’illustration de rêves ou de fantasmes, etc. — sans pourtant jamais déroger à la volonté de faire à peu près « vrai ». Le réalisateur, Francis Leclerc, cite les films de Woody Allen Manhattan et Annie Hall comme sources d’inspiration pour ces décrochages plus « expérimentaux ».

 

Le personnage bien connu du méchant, baveux, trop rempli de lui-même, cède la place à un Martin Matte plus colérique et moins narcissique, maître du second degré et de l’autodérision. Il se montre aussi capable de tendresse et de générosité, par exemple quand il rend visite à un jeune admirateur condamné à l’hôpital. Un autre, un « vrai » beau malaise dans une suite qui en compte beaucoup.

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