Les délectables

L’épopée des deux protagonistes de Série noire, interprétés par François Létourneau et Guillaume-Vincent Otis, connaît des ratés et finit par virer à la tragi-comédie.
Photo: Radio-Canada L’épopée des deux protagonistes de Série noire, interprétés par François Létourneau et Guillaume-Vincent Otis, connaît des ratés et finit par virer à la tragi-comédie.

Les revoilà, enfin. Le duo formé par l’auteur-comédien François Létourneau et le réalisateur-scénariste Jean-François Rivard, qui a déjà donné l’excellente série Les invincibles, au milieu de la dernière décennie, revient divertir intelligemment avec Série noire. Il s’agit d’une des séries les plus attendues de la rentrée hivernale à la télé québécoise. Elle tient promesse.

 

La nouvelle comédie de Radio-Canada partage plusieurs éléments forts avec la précédente. Un scénario original jouant avec les codes de la narration télévisuelle. Des personnages justes siphonnés ou foldingues portés par des comédiens en grands moyens. Le portait sinon d’une génération, au moins d’une crise existentielle.

 

Cela dit, la délectable Série noire ne reproduit pas Les invincibles, mais alors pas du tout. La fiction raconte l’histoire de Denis (François Létourneau) et Patrick (Vincent-Guillaume Otis), deux scénaristes qui viennent de commettre La loi de la justice, création « incongrue » et mal reçue par une partie de la critique. Seulement, le diffuseur veut une suite.

 

Pour l’écrire, pour insuffler véracité et originalité à la deuxième saison, la paire se lance dans un programme de recherches et d’expérimentations dans les milieux juridiques, criminels et policiers. Les fantômes de Stanislavski et de Lee Strasberg planent sur cette démarche. On pourrait parler du Writers Studio au lieu de l’Actors Studio.

 

L’aventure tourne mal, de plus en plus mal, évidemment. Les deux premiers épisodes visionnés lundi montrent tout le potentiel tragicomique de cette très bonne idée de départ encore produite par la maison Casablanca. Les scénaristes multiplient les tensions entre eux, mais aussi avec leurs familles et, finalement, avec tous ceux qu’ils rencontrent et perçoivent comme du matériel narratif à exploiter.

 

La galerie de portraits rajoute à l’intérêt. Létourneau et Rivard peignent des êtres aux limites de la caricature sans y succomber, souvent des ratés sympathiques. La distribution multiplie les contre-emplois, par exemple l’irréprochable Guy Nadon en comédien raté, soûlon et pornophile. Bernard Derome offre un autre beau cas : la voix familière du journaliste respecté livre des commentaires omniscients et souvent salés sur les protagonistes.

 

En même temps, cette production très postmoderne, proposant une fiction sur une fiction, fait le choix judicieux de ne pas accentuer ses aspects autoréférentiels. Les situations comme les personnages évoquent des réalités du show-biz, mais les comédiens ne se jouent pas eux-mêmes, comme cela aurait pu être le cas, étant donné le sujet. Il n’est jamais directement question de tel producteur ou de telle chaîne, même si le spectateur peut s’amuser à établir des parallèles. Le seul extrait de La loi de la justice intégré ouvre le premier épisode de Série noire. Et c’est franchement mauvais…

 

La production a été tournée l’hiver dernier, ce qui rajoute encore une couche d’intérêt. En ce pays nordique, la fiction télévisuelle favorise étrangement les histoires estivales. Le changement de saison permet au réalisateur Rivard de multiplier les clairs-obscurs et de s’insérer entre chien et loup.

 

La diffusion de la belle affaire, bien écrite et bien tournée, débute le lundi 13 janvier, à 21 h. Et que Série noireconnaisse le bide ou pas, il y aura une deuxième saison, déjà en préparation.

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