À voir le dimanche 29 décembre - Un insolent qui a du charme

L’un des rois des ondes de l’âge d’or de la radio AM montréalaise, Jacques Proulx, est décédé il y a tout juste deux semaines. Un de ses plus populaires concurrents dans les années 1960 et 1970 est également décédé cette année, sans trop faire de vagues: Yvan Ducharme, le créateur des premières Insolences d’un téléphone à CJMS, vedette immense de la télévision, tout particulièrement à Télé-Métropole, habitué des films de Denis Héroux et artiste multidisciplinaire que la maladie a souvent condamné à mort, mais que la vie a réchappé in extremis.

Même s’il n’est décédé qu’en mars dernier, celui qui a incarné le paternel dans Les Berger, le premier téléroman du «Canal 10», avait disparu de l’écran radar depuis belle lurette. En fait, l’étoile de ce plaisantin omniprésent dans le paysage médiatique s’est éteinte dès son premier diagnostic de cancer du poumon, en 1975. La nouvelle avait été annoncée à pleines pages dans des revues artistiques et des tabloïds, qui ne se gênaient pas pour insister sur le fait qu’il était au bord du trépas... Tellement qu’après sa guérison inespérée, il n’arrivait plus à décrocher de contrat. On l’a bien vu dans quelques petits rôles et apparitions éclair dans des oeuvres aussi différentes que Du tac au tac, Le vent du Wyoming et Simonne et Chartrand, mais il n’a jamais retrouvé de rôle à la hauteur de sa notoriété passée... Il faut dire que la maladie n’a pas été tendre avec lui: AVC, cancers et autres maux pas jojos ont continué à le mettre à l’épreuve. Il s’est alors réfugié dans son atelier pour peindre des toiles colorées et «impulsives», comme ses insolences.

Le documentaire que présente ce soir Canal D, produit et réalisé par sa fille cadette, trop jeune pour l’avoir connu au faîte de sa gloire, est en fait un vibrant hommage autant au communicateur qu’au combattant résistant qu’il a été. Nathalie Ducharme, réalisatrice et scénariste de plusieurs séries documentaires présentées à Canal Vie, a filmé son père de manière plus ou moins improvisée pendant de nombreuses années, pour en tirer un portrait bien souvent à la première personne, alimenté par des archives visuelles et sonores abondantes et les témoignages de ses collègues, amis et héritiers. Un portrait certes élogieux sur toute la ligne, avec des violons appuyés, mais largement mérité pour cet homme de médias tombé dans l’oubli trop vite.