Télévision à la une - La révolution des Anglos

C’est un peu pour s’expliquer les uns aux autres que Dan Shannon signe le documentaire <em>Ma Révolution tranquille</em>, qui sort sur nos petits écrans ce dimanche.
Photo: Canal D C’est un peu pour s’expliquer les uns aux autres que Dan Shannon signe le documentaire Ma Révolution tranquille, qui sort sur nos petits écrans ce dimanche.

Il semble que le ministre péquiste Jean-François Lisée ne soit pas le seul à penser que «le Canada devient de plus en plus un corps étranger» au Québec. Ce fossé qui se creuse entre le Québec et le reste du pays, de façon plus subtile, au quotidien, dans l’indifférence et que les résultats électoraux fédéraux semblent refléter, le cinéaste anglo-québécois Dan Shannon le ressent aussi. Alors, c’est un peu pour s’expliquer les uns aux autres qu’il signe le documentaire Ma Révolution tranquille, qui sort sur nos petits écrans ce dimanche.

D’entrée de jeu, Dan Shannon annonce qu’il a grandi à Montréal dans une famille de 12 enfants, ce qui leur a permis de se «fondre dans la philosophie ambiante» des années 1960 et des familles nombreuses. De gentils Anglos, quoi, dont les parents ne baragouinaient peut-être qu’à peine le français, mais qui avaient inculqué à leur marmaille l’idée «qu’il fallait l’apprendre».

Humour

Avec humour, Shannon y va de quelques mythes à propos des deux solitudes. Les Anglo-Canadiens pensent que tous les Québécois parlent français, qu’ils sont tous séparatistes et qu’ils haïssent tous le reste du Canada. Inversement, soutient-il, les Franco-Québécois croient que le Québec ne fait pas partie du Canada, ni de sa Constitution, et que le reste du Canada se fout de lui.

Le documentariste s’active ensuite à expliquer, pour un public anglophone qu’il imagine peu sensible à cette réalité, les racines de la Révolution tranquille: les patrons anglophones, le plafond de verre pour les francophones, la richesse des uns et la dépossession des autres. Shannon revient sur cette tristement célèbre déclaration du président du CN Donald Gordon qui avait expliqué en 1963 que, si aucun des 28 vice-présidents de l’entreprise ne parlait français, c’est parce qu’aucun francophone n’était suffisamment compétent!

«Certains anglophones ne croient pas ça, mais c’est vrai», affirme dans le documentaire le caricaturiste de La Presse Serge Chapleau.

Lui donnant la réplique, Terry Mosher, dit Aislin, le caricaturiste de la Gazette, revient sur l’arrogance des anglophones des années 1930, 1940 et 1950. «Ils vivaient dans leurs quartiers et les francophones — quel que soit l’endroit où ces gens-là vivaient — vivaient dans les leurs», se rappelle-t-il tandis qu’à l’écran des images de domaines de Westmount se juxtaposent à des enfilades de façades de dépanneurs un peu moches des quartiers populaires.

Un baromètre

Avec une ironie incisive, Aislin raconte qu’il est devenu une sorte de baromètre mondial de la situation au Québec après l’élection du Parti québécois en 1976. «Tout d’un coup, je recevais des appels de partout dans le monde me demandant mes dessins. [...] J’ai doublé mon revenu! J’étais le seul Anglo au Québec qui a augmenté ses revenus en 1976.»

L’éditeur (et accessoirement une des dix personnes bannies à vie du Parti libéral du Canada dans la foulée du scandale des commandites) Beryl Wajsman donne un point de vue moins compatissant de toute la situation. «Les Anglais n’ont rien pris. Ils se sont fait donner le Québec comme un cadeau par l’Église, qui était francophone», prend-il la peine de préciser.

Le tout manque un peu de cohérence ou de profondeur. Prétendre expliquer le cheminement du Québec dans son émancipation sociale et politique par le truchement de seulement cinq intervenants est un peu mince, quelle que soit l’importance qu’on veuille accorder à Chapleau, Aislin, Marc Laurendeau, Beryl Wajsman ou la journaliste de CTV Denise Lodde (qui raconte trop brièvement pour nous satisfaire comment elle avait participé, en tant qu’étudiante de l’Université Carleton, au love-in montréalais de 1995). Il demeure tout de même intéressant de voir les images d’archives, les nombreuses caricatures de la Gazette, auxquelles les téléspectateurs francophones n’ont peut-être pas été exposés, et d’entendre le point de vue de quelques anglophones sur ce pan de l’histoire québécoise.

Ma Révolution tranquille
Canal D, dimanche 22 décembre à 21h
En rediffusion vendredi 27 décembre 6h et samedi 28 décembre à 9h

1 commentaire
  • Beryl Wajsman - Inscrit 22 décembre 2013 21 h 03

    Une grave erreur

    Mme. Buzzetti, J'apprécie toujours vos chroniques et j'ai trouvé votre analyse de « Ma révolution tranquille » intéressante même si je ne suis pas complètement d'accord . Mais il y une grave erreur . Je n'ai jamais été banni du parti liberal. J'ai demandé à témoigner à la Commission Gomery pour dénoncer le compromis du processus de droit. Naturellement, ce fait certaines personnes très mal à l'aise et ils ont mis mon nom sur une liste. Mais le `banissement` ne s'est jamais fait par le parti parce que je n'ai jamais été blâmé par la Commission. J'espère que les commentaires ci-dessous de l’ancien président du Parti libéral, Alfred Apps, et de l'avocat Julius Grey publié dans « Maclean’s » en 2009 permettra de clarifier les choses. Si vous voulez plus de précision appelez-moi à votre convenance au numero j'ai envoyer par courriel. Je serais heureux de vous donner plus d'informations et aussi de vous faire au courant de la reconnaissance que mon travail a reçu au Québec, au Canada et aux États-Unis. Amitiés, Beryl Wajsman

    27 February 2009
    Maclean's

    Alfred Apps says Wajsman has played a consultative role
    behind certain Liberal policies–for which Apps makes no
    apologies. “I think there’s an effort here on the
    part of the Tories to slam people with guilt by association.
    Beryl is one of the militants that is helping with the party,
    and his help is welcomed.” The presumptive next Liberal
    President–he is currently running unopposed– suggests
    the so-called “banned list” on which Wajsman appeared was
    less about meted out justice than it was a vestige of the old,
    bitter feud between Paul Martin and Jean Chrétien. “That
    list was created before the Gomery Commission had made
    any of its findings,” Apps said.

    Montreal lawyer Julius Grey told Maclean's, “There is no
    evidence that Beryl is anything but honest. There is only so
    much a citizen can take of having mud thrown at him.”