Ça change pas le monde, sauf que…

Bernard Derome a rencontré 19 Québécois très bien nantis.
Photo: Geneviève Ringuet Bernard Derome a rencontré 19 Québécois très bien nantis.

Le financier Stephen Jarislowsky, 650e fortune mondiale, fait de l’argent à coups de milliards parce que c’est sa profession, et puis c’est tout. « Je vis comme il y a 40 ans,dit-il. J’ai la même maison, les mêmes amis. J’ai gardé ma dernière voiture 18 ans. »

 

L’animateur Normand Brathwaite trouve qu’il est payé comme un joueur de 4e trio au hockey. Sauf que sa carrière dure depuis 30 ans…

 

Pierre Karl Péladeau raconte que son père, le magnat des médias Pierre Péladeau, l’a fait entretenir la pelouse de sa maison de campagne pendant tout un été pour qu’il puisse se payer une mobylette. Il avait 12 ans. Il était payé 2,50 $ l’heure. L’engin de ses rêves était orange.

 

Louis Vachon, grand patron de la Banque Nationale, a empoché plus de 8 millions en 2011. Il explique qu’il n’a qu’une seule maison et que l’argent lui sert à acheter des livres, sa passion.

 

Ainsi vont les confidences dans l’étonnante série documentaire sur les Québécois les plus fortunés et leur rapport à l’argent que Télé-Québec présentera les 6, 13 et 20 janvier, après l’orgie de consommation de fin d’année, à crédit. Les trois épisodes de 52 minutes, présentés sans publicité, proposent à la queue leu leu des réflexions sur les préjugés par rapport à la richesse, les inégalités de revenus et le rôle des plus fortunés comme des entrepreneurs dans notre société.

 

Le travail très original, sur un sujet un peu tabou, s’intitule Les grands moyens. Le journaliste Bernard Derome mène l’examen. Il n’y avait d’ailleurs à peu près que lui pour mener à bien cet examen, aussi bien pour convaincre les riches de se confier que pour oser poser certaines questions, du genre : vos revenus sont-ils justifiés ? Quand est-on assez riche ? Accepteriez-vous de payer plus d’impôt ?

 

« On doit se remettre dans le contexte,expliquait mardi M. Derome au visionnement de presse du premier épisode. On est encore dans une grande récession. Il y a eu le Printemps érable et le mouvement Occupy Wall Street. Mais il est aussi important de créer de la valeur, de la richesse. Nous avons donc voulu parler à des gens qui croient à la richesse, qui font de l’argent. Ce n’est pas un documentaire d’auteur. On est à l’écoute et on parle d’un tabou. On parle de revenus et d’inégalités. Mais on n’est pas voyeurs non plus. On n’est pas là pour montrer la couleur des tentures. »

 

Les entrevues se déroulent parfois aux bureaux et souvent à la campagne, dans des maisons plutôt modestes, enfin, pour ce qu’on en voit. Sauf chez Alexandre Taillefer qui vit dans une sorte de galerie d’art moderne. Le président du conseil d’administration du Musée d’art contemporain, un des « dragons » de l’émission d’affaires de Radio-Canada, explique candidement qu’il songe à la mairie de Montréal.

 

Au total, Bernard Derome rencontre 19 superprivilégiés, surtout des hommes et surtout des entrepreneurs, dont Jean Coutu, Andrew Molson, Christiane Germain, Louis Vachon et Martin Matte. Il a fallu jusqu’à une année pour convaincre certains de participer. Une seule très grosse poche aurait refusé l’exercice.

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