À voir le vendredi 13 décembre - Terrible tableau de famille

Chez Arnaud Desplechin, sentiments, discours, drames et autres catastrophes semblent décuplés à l’infini, poussés vers des sommets vertigineux, donnant à ses films un aspect irréel que d’autres associent même à une véritable magie du quotidien.

Dans Un conte de Noël, le cinéaste règle sans aucun doute quelques «comptes» personnels. Le théâtre principal de ce film-fleuve, la ville de Roubaix, est étroitement associé à son enfance. Mais au-delà de l’anecdote, diluée dans une cascade de situations incongrues, de personnages excentriques, d’effets visuels foisonnants et de références explicites allant de Nietzsche à Ingmar Bergman, le film dépeint des retrouvailles électrisantes et cauchemardesques.

Le clan Vuillard porte dans sa chair une odeur de mort dont personne ne semble capable de se défaire.

Il y a d’abord le décès lointain de l’aîné de la famille, Joseph, mort d’une forme rare de leucémie à l’âge de sept ans. Ce drame crée une dynamique souvent conflictuelle, au point où il faudra même avoir recours aux tribunaux, comme le fera Élisabeth (Anne Consigny), dramaturge tourmentée, pour bannir son frère Henri (Mathieu Amalric), bouffon magnifique. Il faut dire que l’homme, imprévisible et destructeur, mérite sa mauvaise réputation. C’est pourquoi il plane une certaine crainte à la perspective de son retour pour Noël, retrouvailles forcées après la découverte que Junon (Catherine Deneuve), leur mère, est atteinte du même mal que Joseph et qu’elle cherche un donneur compa-tible pour une greffe. Proviendra-t-elle de cet impertinent alcoolique ou du fils d’Élisabeth, un ado à peine sorti d’une période dépressive?

Tel un sapin de Noël camouflé par un amoncellement de présents, ce film au rythme endiablé se distingue par ses fabuleux excès, mais dont les extra-vagances sont encadrées par cette immense maison où s’affrontent trois générations et une dizaine de personnages aux blessures jamais complètement refermées. Ce clan devient ainsi le vaste théâtre de névroses entremêlées, parfois vaudeville où les vacheries (sur les relations parents-enfants, surtout) relèvent du grand art. Cinéaste de toutes les outrances, Arnaud Desplechin prend plaisir à user des artifices cinématographiques pour composer ce magnifique tableau de famille, se permettant toutes les digressions sans jamais nous perdre dans cet imposant labyrinthe d’émotions à fleur de peau.

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