À voir le samedi 7 décembre - La subversion par la bande... dessinée

Il va falloir revisiter ses préjugés: la bande dessinée érotique n’est pas venue au monde uniquement pour émoustiller des lecteurs prépubères en quête d’exploration, de sourires niais et de sensations fortes. Oh, que non!

Avec ces courbes délicieusement assumées, ces lignes claires plongeant dans les interdits, ces coups de crayon traçant le contour des tabous — et parfois celui de poitrines généreuses —, ce pan de la bédé serait finalement un projet artistique porteur de revendications politiques. Et c’est finalement ce que cherche à démontrer le documentaire La BD érotique.

La position, intellectuelle s’entend, n’est pas classique. Elle est nourrie également par une incroyable brochette de bédéistes aux fantasmes et obsessions variés qui, tour à tour, se mettent à nu à l’écran pour justifier ou assumer leurs perversions textuelles et dessinées. Il y a l’Italien Milo Manara, maître du genre. Il y a l’Américain Robert Crumb avec son amour des corps gras, le Suisse Zep et son exploration ludique de la chose charnelle, l’Allemand Ralf König et son univers érotique très mâle ou encore la Française Aude Picault, qui a décidé de conjuguer la bédé érotisante au temps du féminisme. Pour ne citer qu’eux.

Hautement vibratoire, l’objet télévisuel passe par la confidence, l’exemple, la case, le voyage dans l’espace et dans le temps, pour mieux mettre en relief le caractère subversif et politique de ces oeuvres qui, apprend-on, trouvent des échos toujours plus favorables dans des sociétés et époques en crise ou en quête de quelque chose d’autre.

Un doute? Ces oeuvres ont contribué au cours des dernières années à faire évoluer les moeurs sexuelles en Occident, sur l’homosexualité notamment. Elles ont aussi donné une autre voix au féminisme, mais, par-dessus tout, elles ont fait du corps, de la nudité, de la séduction, du rapport à l’autre autre chose qu’un vulgaire objet de consommation. Loin de la porno ordinaire qui, même en se répandant dans les univers numériques, n’a toujours pas réussi à faire de l’ombre à ce genre littéraire qui serait là pour de bon.

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