JFK : le mythe abattu?

Le sénateur John F. Kennedy et Jacqueline Lee Bouvier le jour de leur mariage, le 12 septembre 1953.
Photo: Associated Press Le sénateur John F. Kennedy et Jacqueline Lee Bouvier le jour de leur mariage, le 12 septembre 1953.

L’image est saisissante : le 9 avril 2003, au coeur de Bagdad, sur fond de minaret, une grue tire vers le sol la statue géante de Saddam Hussein.

 

On trouvera peut-être la comparaison inconvenante, mais on assiste ces jours-ci à une opération analogue : le déboulonnage de John Fitzgerald Kennedy, ci-devant 35e président des États-Unis, assassiné à Dallas il y a 50 ans.

 

Est-ce un effet du temps qui émousse la sensibilité ? Le propre d’une génération qui ne l’a pas connu ? Une libéralisation des moeurs ? Ou simplement un effet du fameux cynisme ambiant qui affecte la classe politique, tous pays confondus ? Allez donc savoir. Il reste que les documents qui prolifèrent ces jours-ci sur les écrans pour commémorer l’événement paraissent bien décidés à détruire le mythe de celui qui fut durant un peu plus de deux ans la coqueluche de l’Occident.

 

Tout le monde sait que JFK n’a pas été un grand président au sens où Lincoln, Washington ou Roosevelt le furent en leur temps. Crucifié à l’époque pour l’échec de la baie des Cochons, il a réussi à retrouver l’estime d’une partie de l’opinion publique avec la crise des missiles, sa position sur les droits civiques et son leadership en matière d’exploration spatiale. Un président de grands discours, diront certains journalistes, mais de peu d’action, sans doute faute de temps.

 

Bien sûr, les documentaires diffusés cette semaine font état de ces faits d’armes, mais on paraît — cotes d’écoute obligent — plus enclin à exploiter des aspects moins avouables de son passage à la Maison-Blanche.

 

Des histoires croustillantes.

 

Par exemple, un documentaire crûment intitulé JFK’s Women (cbc.ca) raconte la multitude d’aventures amoureuses de cet imprudent tombeur victime de ses appétits peauciers. Alors que les documents réalisés peu après sa mort insistaient sur ses exploits de lieutenant du PT 109 et sa vie de famille, on accorde aujourd’hui plus d’importance à sa liaison avec Marilyn Monroe (entre autres). « Les journalistes distinguaient alors entre vie publique et vie privée », dit un des participants au film. Autres temps, autres moeurs.

 

Mafia inc. à la rescousse.

 

Alors qu’au lendemain de l’assassinat on soupçonnait la mafia d’avoir ourdi une conspiration, voilà que, dans JFK, un document en deux parties produit par la chaîne américaine PBS, on rappelle que le patriarche Joseph Kennedy (dont on dit en passant qu’il possédait lui aussi le gène du libertinage) avait fait fortune dans la contrebande d’alcool à l’époque de la Prohibition. Ses contacts mafieux auraient participé à l’élection du fils, qui gardait semble-t-il une certaine fascination pour le milieu des grands truands. On aura une idée de l’importance accordée à ces fréquentations en googlant JFK mafia : le moteur retourne 1 120 000 signalements. À titre de comparaison, l’entrée JFK droits civiques n’en propose que 31 800.

 

Le cinéaste français Patrick Jeudy signe un documentaire qui trace un portrait sans complaisance — c’est le moins qu’on puisse dire — de Jackie Kennedy après l’assassinat et avant Onassis. Jackie sans Kennedy (TV5.ca) se fonde principalement sur des « confidences truquées » (sic) que Jackie a livrées à l’historien Arthur Schlesinger, conseiller de JFK durant sa présidence. La dernière phrase du film donne une idée du ton : « Jackie a le souvenir méchant comme d’autres ont le vin mauvais. Elle se réveille de l’ivresse du pouvoir et, pour mieux se dégriser, elle vomit sur tout et sur tout le monde. »

 

Le plus étonnant de ces productions, c’est qu’elles sont toutes forgées à partir des mêmes matériaux. D’un film à l’autre, ce sont les mêmes scènes qui reviennent : « Jack » dans le Bureau ovale, marchant sur une plage, avec Jackie à Paris, prononçant un discours à Berlin, etc. Comme de raison, les 26,6 secondes du film témoin d’Abraham Zapruder figurent en bonne place dans toutes les productions puisque c’est le seul document dont dispose l’histoire qui a servi à soutenir mille et une hypothèses sur l’assassinat.

 

Comme quoi on peut avec les mêmes ingrédients cuisiner des plats de goût et de texture fort divers.


 
2 commentaires
  • Jacques-André Houle - Abonné 20 novembre 2013 08 h 50

    Savoir tirer des conclusions de Google

    Les chiffres que donnent M. Jobin au sujet d'une recherche Google sur JFK et la mafia sont évidemment faussés par sa méthode: utiliser d'une part un mot identique en français comme en anglais, mafia, et d'autre part une expression uniquement française, "droits civiques". En utilisant "JFK civil rights", le chiffre retourné se situe aux alentours de 85 200 000 !! Un peu moins croustillant...

  • François Dugal - Inscrit 20 novembre 2013 13 h 46

    Le mythe

    Après JFK, Nixon, Reagan, Bush Sr et Jr; alors, quelle différence!