Télévision à la une - Le t-shirt sous toutes ses coutures

Tout y passe, dans ce survol du ti-shirt qui traverse au pas de charge la géographie et l’histoire.
Photo: Canal D Tout y passe, dans ce survol du ti-shirt qui traverse au pas de charge la géographie et l’histoire.

Gavin McInnes est semi-vieux et il assume. Le jeune quadra (il est né en 1970), Canadien d’origine écossaise, a joué dans un groupe punk, avant de créer Vice Magazine. Il se décrit lui-même comme un des chantres du mouvement hipster. Il vit maintenant à New York, où il élève trois enfants.

 

Le gars a la tête qu’il a et le look qu’il faut, une barbe taillée, les cheveux assez courts, les bras remplis de tatouages bien visibles puisqu’il aime porter des t-shirts. Il apparaît tel quel dans le documentaire sur ce sous-vêtement caché devenu un vêtement hyper en vue. Il donne ses conseils vestimentaires, sur le modèle de sa célèbre chronique «Dos don’ts», quoi faire et ne pas faire, quoi.

 

Il rappelle qu’à New York, les gens restent plus jeunes plus longtemps. Mettons, dit-il, qu’un gars de la Grosse Pomme de 35 ans peut encore à peu près agir comme un gars de 20 ans de la Caroline du Sud ou de Stuttgart. Seulement, une fois passée cette date de péremption de la jeunesse, «à 35 ou 40 ans, la fête est finie» et il faut l’accepter.

 

«Tu ne peux plus porter un t-shirt qui te présente comme le meilleur brouteur, ou le t-shirt d’un groupe de musique, surtout d’un groupe alternatif émergent; c’est débile. T’as l’air d’un pervers dégoûtant. Ça ne peut même pas être un bon vieux groupe que tu aimes, comme les Ramones. Tout le monde se fout des groupes que t’aimes. T’es démodé. Et c’est très bien. Tu devrais juste être content d’avoir passé l’âge. Tu devrais avoir une famille maintenant. T’as un tas d’autres choses à faire. Tu ne devrais pas rester là en pensant que tu es dans le groupe cool.»

 

Messages et humeurs

 

Seulement, la vie se poursuit. Papa McGuinnes continue donc d’utiliser ses gaminets pour faire circuler ses messages, illustrer ses humeurs.

 

Il rappelle par exemple que, dans sa ville, tout le monde, en gros, est «végétalien, lesbien ou professeur». Alors, pour choquer cette bonne société de gauche, le semi-vieux baveux se trimbale avec des t-shirts ironiques. Un de ses favoris célèbre le deuxième amendement, proclamant le droit absolu de porter des armes. Un autre annonce: «Commies aren’t cool» avec une photo du Che marqué du signe de l’interdiction.

 

Ce segment s’affirme comme un des plus amusants du portrait de groupe avec gaminets. Un autre interroge le rapport des Japonais à ce vêtement étendard du XXe siècle, maintenant mondialisé.

 

Visiblement, les Nippons n’ont pas la même opinion que M. McInnes. On voit un homme de son âge portant un vêtement d’extrême bon goût annonçant qu’il est trop saoul pour baiser. D’autres se promènent avec des vêtements à l’effigie des Smiths, de John Lennon ou de The Clash. Misère...

 

 

Géographie et histoire

 

Tout y passe, dans ce survol qui traverse au pas de charge la géographie et l’histoire.

 

Le panorama remonte le temps pour expliquer les origines de ce vêtement emblématique, montre comment et pourquoi il est encore porté aujourd’hui partout, tout le temps, y compris dans les pays très pauvres où finissent les vieux bouts de tissu colorés.

 

On apprend que ce vêtement apparaît comme sous-vêtement obligatoire dans la marine de guerre américaine au tournant du XXe siècle. Il est ensuite adopté par les sportifs. Il faut cependant attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour le voir se répandre dans la population grâce au soldat et au cinéma. James Dean et Marlon Brando en font l’étendard de la culture jeune, rebelle.

 

La compagnie montréalaise Intuitive Pictures produit ce survol documentaire. Cet ancrage local ajoute de l’intérêt au panorama, oscillant sans cesse entre les perspectives macro et microsociologique. Par contre, la traduction en voix hors champ énerve royalement. Une bonne partie des entrevues ont été réalisées en anglais et il aurait franchement été beaucoup moins agaçant de diffuser en version originale avec des sous-titres.

 

L’argumentation narrative en coq à l’âne pose un autre problème. La démonstration va dans tous les sens, surtout dans la première moitié. On passe d’une entrevue avec un designer de t-shirts d’avant-garde à l’explication des processus de fabrication du coton jusqu’au gaminet. Ou encore d’un trop court segment sur les sweat shops du monde à une démonstration des complexes processus d’impression sur tissu. La génération «hyperliens» fait de la télé...

 

Surtout, surtout, c’est trop long. Et c’est trop long parce que l’équipe n’a pas su faire court. Le documentaire fait par exemple la part belle aux rockeurs. Mais pourquoi passer autant de temps sur les images des pochettes de Guns and Roses? Ou pourquoi autant de confidences banales de badauds sur leur rapport affectif ou leur conception esthétique du t-shirt?

 

Reste que, tel qu’il est, avec ses faiblesses, ce documentaire demeure intéressant. Ne serait-ce que parce qu’il soulève des questions parfois déstabilisantes avec des semi-vieux qui assument...

 

Docu-D / Le T-SHIRT

Canal D, dimanche 10 novembre à 19h

En rediffusion vendredi 15 novembre à 10h

À voir en vidéo