À voir le vendredi 8 novembre - À l’épicentre du vide intérieur

Toi ne s’adresse sans doute pas au grand public. Le troisième film du cinéaste François Delisle (Le bonheur est une chanson triste, Le météore) ne prétend pas au réalisme, tout en flirtant avec lui. Toi constitue plutôt une sorte de quête existentielle d’un personnage féminin, Michèle (Anne-Marie Cadieux, exceptionnelle), écartelé entre son mari (Laurent Lucas), leur petit garçon (Raphaël Dury) et l’amant (Marc Béland), sautant de l’un à l’autre, insatisfaite de toutes les façons, bondissant vers des ailleurs jamais meilleurs.

 

Le rythme lancinant de cette tragédie contem-poraine sur le vide intérieur commande une plongée du spectateur dans un univers codifié, distancié, où la caméra qui épouse tous les angles et les rythmes explore cette femme sous mille facettes. La sexualité frontalement filmée ne possède pas de fonction érotique mais se jette sur une angoisse. Car Michèle étouffe au sein du foyer et cherche une bouffée d’oxygène en délaissant un mari bourgeois, loyal et profondément épris (que Laurent Lucas incarne avec une violence écorchée). Marc Béland, en figure plus féminine, plus artistique, presque passive sous l’assaut de l’amour, entraîne l’héroïne dans une passion qui n’est pas machiste, mais constitue une relation miroir, opposée à la masculinité du mari.

 

Film sur l’errance, la perte de soi, le déséquilibre, la tempête qui s’abat sur les coeurs humains, Toi entraîne des personnages au bord de leur propre rupture. La caméra les traque dans leurs derniers retranchements. Autant les corps et les regards sont éloquents, autant les paroles ne s’échangent guère directement, ou simplement à l’arraché. Le tourment de ces êtres se reflète dans l’image, la musique, la gravité des étreintes, les gestes de désespoir, la tentation de l’abîme, le miroir qui recueille les aveux.

 

La ville constitue un décor anonyme, simple fond de scène aux tortures morales, comme un castelet. Tout se joue dans un espace-temps quasi métaphysique où les questions fendent l’air et retombent au sol sans réponses. Ce film fort se révèle une très belle dérive, à la limite de l’irréalité et du fantasme, au fond du désarroi moderne.

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