Télévision à la une – Le scandale mondial du gaspillage alimentaire

On jette, on jette, on jette. Le scandale du gaspillage alimentaire est l’une des pires taches au dossier environnemental de la planète. De New York à Londres en passant par Mumbai et Tokyo, ce documentaire brosse un portrait saisissant de l’ampleur de la catastrophe, un survol mondial de ce grand gâchis alimentaire.

On sait déjà qu’un tiers de la nourriture produite dans le monde aboutit dans les bennes à ordures. Et cela, triste ironie, alors qu’un milliard d’êtres humains ne mangent toujours pas à leur faim.

Les chiffres, relayés chaque année par l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), font grimper aux rideaux. Même si le sujet n’est pas nouveau, le documentaire du réalisateur Olivier Lemaire a le mérite de tracer un portrait marquant de ce grossier phénomène qui sévit à l’échelle mondiale, jour après jour. Tonne après tonne. Mais, comme le disait Yvon Deschamps: «On ne veut pas le savouère, on veut le vouère!»

À ce compte, le documentaire en met plein la vue avec ces montagnes de nourriture comestible qui se retrouvent dans les poubelles des supermarchés et les incursions multiples réalisées dans les hauts lieux de la gabegie mondiale. Le premier épisode part sur la piste des causes et raisons qui favorisent le gaspillage indu de tout un pan de la production maraîchère, notamment en Europe et aux États-Unis.

Olivier Lemaire nous transporte d’abord en France, où des récoltes entières sont laissées en plan uniquement en raison de tares esthétiques. Même si les normes commerciales sur la taille et la forme des légumes ont été abolies par l’Union européenne pour des raisons environnementales, les exigences des distributeurs et des consommateurs continuent à dicter les lois du marché, poussant vers la décharge une bonne partie de la cueillette.

Dans les grandes surfaces de l’Occident, les dates de péremption et les normes esthétiques condamnent aux ordures des centaines de milliers de tonnes de produits propres à la consommation chaque année. La note s’élève à 850 000 euros par an pour un seul hypermarché en France.

C’est honteux! Gros plan sur les pains du jour, les brioches, les yogourts, les cartons de lait, les légumes, les fruits et les produits emballés victimes de petites écorchures, qui vont grossir les piles de détritus. Plus que bon, l’aliment du troisième millénaire doit être parfait.

La loi du packaging alimentaire

Une grande partie du gâchis mondial n’est donc pas le résultat d’une mauvaise gestion des aliments ou d’une négligence crasse, mais le produit sciemment calculé des spécialistes de la mise en marché des aliments. Or cette obsession esthétique ajoute à l’immense empreinte écologique que font déjà peser sur la planète les industries agricoles et alimentaires.

Aux États-Unis, le «All you can eat» se transforme en «All you can throw away». Dans ce pays d’abondance, il se gaspille assez d’aliments pour nourrir deux milliards d’êtres humains. Une famille amé-ricaine jette l’équivalent de près de 900 $ d’aliments, soit deux fois plus qu’une famille nippone et plus de 50 % de plus qu’une famille française. D’un bout à l’autre de la planète, la valeur accordée à la bouffe fluctue, comme le montrent les images glanées à Paris, à New York, à Mumbai ou à Tokyo.

Malheureusement, ces diktats esthétiques de l’Occident ont des répercussions à des milliers de kilomètres des tablettes des supermarchés, comme en Équateur, premier producteur mondial de bananes, où la caméra capte les effets pervers de ce packaging du fruit parfait. Beauté oblige, les recalés au concours de beauté sont détournés vers les marchés locaux et 146 000 tonnes de bananes finissent... au dépotoir chaque année.

L’autre visage des poubelles

Le second épisode se tourne vers les solutions possibles à ce vaste gâchis collectif. La caméra se pose sur des projets innovateurs tentés à Londres, à New York ou à Tokyo pour dévier des ordures les rejets provenant des commerces ou des restaurants.

À New York, City Harvest, un organisme de récupération alimentaire, détourne du dépotoir l’équivalent de 30 000 repas par semaine, recouvré des grandes surfaces, des épiceries et des grands restaurants. Dans 20 États américains, des glaneurs de Harvest of Hope récupèrent dans les champs l’équivalent de 8000 tonnes de légumes rejetés par l’industrie. La preuve que des solutions se dessinent quand on le veut bien. Au Japon, on pousse le concept encore plus loin: des déchets sains sont transformés en nourriture pour bestiaux ou utilisés pour chauffer des maisons. Des grandes surfaces nippones font même la promotion de leurs propres fruits et légumes, cultivés à même le compost généré par leurs déchets! Rien ne se crée, rien ne se perd...

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