Télévision à la une - Macédoine guerrière, pas de casque

Image tirée du documentaire «Chacun son combat»
Photo: Canal D Image tirée du documentaire «Chacun son combat»

Champion du monde des combats extrêmes, athlète canadien le plus connu à l’étranger, Georges St-Pierre est une nouvelle idole populaire. Vous trouvez le type de combat qu’il pratique rebutant? Il vous semble même barbare?

 

Libre à vous, mais ne vous fermez pas, au moins, à scruter un phénomène qui prend une ampleur extraordinaire partout. Les combats dits extrêmes ou ultimes ont longtemps été interdits partout. Ils le sont encore en certains endroits, notamment en France et dans l’État de New York. Mais comme le montre ce documentaire plutôt favorable à ce nouveau sport, les «retombées économiques» aident à renverser bien des barrières morales.

 

À l’heure où tout est devenu «extrême», aussi bien la gomme à mâcher qu’un cinéma maison, qu’est-ce que le sport de combat donne à comprendre sur notre société? D’où vient cette idée que mélanger plusieurs sports peut conduire à quelque chose de supérieur? C’est l’esprit éclectique d’une époque, en un certain sens, qui s’exprime à travers la popularité des combats ultimes. L’ère est au mélange des genres, semble-t-il.

 

Une fusion

 

Mais, au départ, il s’agissait seulement de voir quel sport de combat pouvait l’emporter sur un autre. Boxe, karaté, lutte, jiu-jitsu, lutte olympique et autres ont fini par être fusionnés avec plus ou moins de réussite. Car comment être Mohamed Ali autant qu’un champion de karaté doublé d’un lutteur?

 

Cette prémisse du mélange est étrange, mais moins au fond que le résultat, hybride et très brutal, où les codes des disciplines d’origine apparaissent considérablement réduits.

 

On croit que le fait de tout mélanger donne forcément quelque chose de meilleur. Ils sont de plus en plus nombreux à y croire au Québec. Une série de petites ligues s’emploient à proposer des combats ultimes aux amateurs, lesquels s’entraînent de plus en plus dans des gymnases à cette fin. Les adeptes se recrutent surtout chez les garçons, mais on trouve aussi un certain nombre de filles. Plus de 1000 combats amateurs sont présentés chaque année.

 

Pour Didier Brassard de Québec, «se battre est quelque chose qui est en nous». De Sherbrooke, Dany Beauregard considère que se battre sur un ring ou ailleurs revient au même mais qu’il a choisi finalement de le faire surtout dans l’octogone: «Je me suis toujours battu partout, dans les bars, partout. Fait que j’ai dit “fuck off” la bataille dans les bars, pis on va aller se battre dans un ring.» Dans le documentaire, on voit Brassard poser fièrement devant le drapeau confédéré américain, l’étendard des racistes durant la guerre de Sécession.

 

Une certaine Amérique

 

La présence d’une certaine Amérique se fait sans cesse sentir dans l’univers de ce sport. Qu’on se trouve au Nordik Fighting Club de Québec ou sur un ring avec un animateur qui hurle «J’ai rien entendu! Are you ready?», on sent que ce sport parle beaucoup anglais même lorsque ses pratiquants peinent dans cette langue qu’ils ne maîtrisent pas.

 

Il y a «quelque chose avec les arts martiaux mixtes qui te ramène à ton instinct primal. C’est vraiment comme si on retournait à l’âge de pierre et qu’on était des hommes des cavernes, pis qu’on se battait pour notre survie», philosophe sans trop s’en rendre compte Alex Galarneau, de Trois-Rivières.

 

Qu’est-ce qui séduit dans ce nouveau sport sinon l’abolition des règles du jeu classique autant que son inscription dans la tradition d’une discipline? Pour Éric Fréchette, de Magog, «tu peux jouer au hockey mais [le combat ultime] c’est pas un jeu. Faut que tu sois un guerrier, que tu sois un gladiateur».

 

Avec les combats extrêmes, on se trouve en dehors des règles habituelles propres aux sports dont est issue cette macédoine qui fait saliver les promoteurs américains de Las Vegas. Hors des règles, on se trouve forcément aussi un peu hors de la société.

 

Et c’est cet aspect brut et fruste qui semble séduire le plus. Tous les participants répètent, sans s’être consultés, qu’ils aiment la poussée d’adrénaline que leur donne le combat. Pour Dany Bouchard, «c’est la seule façon de voir jusqu’où on peut aller: se battre, aller dans le ring».

 

«Tu peux pas aller plus haut que ce genre de combat», affirme Jonathan Goulet dit Le Prédateur. Côté fut l’un des meilleurs Québécois de ce nouveau sport. Il est aujourd’hui chroniqueur sportif pour la Radio X, laquelle apparaît toujours très intéressée par ce type d’événement où, comme à la boxe, la jolie demoiselle en bikini et en chaussures à talons très hauts arpente le lieu de l’affrontement entre les échanges de coups.

 

Il y a un évident rapport à la douleur dont ne parle pas directement ce documentaire mais qui est sans cesse sous-entendu. Plusieurs combattants expriment l’impression de sentir le poids de la mort possible comme la seule nourriture propre à confirmer qu’ils sont vivants. «Il faut avoir du coeur pis des couilles», dira l’un. L’instinct de survie est ici sans cesse à l’honneur.

 

Sport dangereux ou disgracieux? Selon ce documentaire, les accidents apparaissent beaucoup moins nombreux qu’on pourrait le croire. Il y a des blessures, évidemment, mais elles seraient bien moins graves que dans d’autres sports en apparence moins violents, comme le hockey ou la boxe.

 

À voir pour se faire une idée sur ce qui ressemble à un engouement d’aujourd’hui semblable à celui que toute une population avait hier encore pour la lutte.

 

Chacun son combat

Canal D, dimanche 6 octobre à 19h

En rediffusion vendredi 11 octobre à 10h

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NDLR: Ce texte a été modifié après la mise en ligne.

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