À voir le vendredi 13 septembre - Le malheur des uns...

Tom et Gerri forment un couple de longue date. Il est géologue, elle est psychologue. Ils mènent une existence confortable et sont demeurés unis. Très sociables, ils aiment recevoir. Ainsi Mary, la meilleure amie de Gerri, les visite-t-elle fréquemment. La quarantaine dépressive, Mary insiste pour dire qu’elle est heureuse, surtout quand elle a trop bu, ce qui se produit souvent.

Divorcée, elle souffre de solitude. Il en va de même pour Ken, un vieux copain de Tom tout aussi alcoolique et dépressif que Mary. En apparence, Tom et Gerri semblent être la bonté incarnée, patients qu’ils sont à écouter, voire à solliciter, les doléances de leurs proches. Et si le bonheur de Tom et Gerri se nourrissait du malheur de leur entourage? Pourquoi, sinon, s’entourer sciemment d’autant de tristesse?

Il ne s’agit là que de l’une des pistes de lecture du film de Mike Leigh, Another Year, une oeuvre subtile et intelligente basée sur l’observation de moeurs. Découpé en quatre saisons, le récit progresse savamment, la détresse psychologique des personnages de soutien allant croissant sous le regard bienveillant de Tom et Gerri. Lorsque Mary, plus par désespoir que par envie, s’intéresse de trop près à Joe, le fils trentenaire du couple, c’en est momentanément trop pour Gerri, qui éjecte sa copine.

Veuf depuis peu et éprouvé par un conflit douloureux avec son fils, Ronnie, le frère de Tom, vient alors prendre la place de Mary au sein de la ménagerie des malheureux que collectionnent Tom et Gerri. Pour peu que l’on suive cette piste-là, le dénouement lors duquel Gerri accepte non seulement de renouer avec Mary, mais l’invite à souper à la maison apparaît particulièrement cruel. Remarquez qui est là, avec qui, et contemplez le spectacle d’une Mary détruite. Évidemment, la trame du film peut être interprétée inversement, mais l’insistance sur le regard de Mary, à la fin, reste extrêmement troublante.

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