Télévision à la une - Dans les corridors de l’Institut Philippe-Pinel

Un homme est fouillé à son retour d’une sortie et doit remettre des pilules de caféine qu’il a introduites dans l’édifice. Un autre se fait confisquer ses objets personnels après avoir traversé une violente crise. La vie à l’Institut Philippe-Pinel, où sont internés des malades ayant commis des délits dangereux, n’est pas facile. C’est ce qu’on perçoit à travers le documentaire Pinel, d’Hélène Magny et Pierre Mignault, présenté à l’émission Grands reportages. Les patients rencontrés dans le cadre du reportage sont tous des hommes. Autour d’eux s’activent psychiatres et intervenants divers. Tout ce monde semble marcher sur le fil ténu qui sépare la santé mentale et la folie, certains ayant déjà sombré tout au fond de l’abîme.

C’est le cas d’Yves, hospitalisé depuis huit ans à Pinel, que l’on voit pleurer alors qu’il raconte comment il a tué sa fille aînée, alors qu’il pensait qu’elle et le chien de la famille étaient l’incarnation d’un démon qui voulait le tuer. «Le plus dur, c’est de ne pas pouvoir voir ma famille», dit cet homme qui fut déjà entrepreneur en mécanique, qui a recommencé à s’entraîner physiquement et à poursuivre son cours secondaire. «J’aurais-tu aimé ça être dans ces conditions-là dans le temps», remarque-t-il.

Sortir de Pinel, c’est tout ce que veut Jean-François, hospitalisé à Pinel depuis deux ans, qui affirme ne pas souffrir de maladie mentale, mais a pourtant plaidé le contraire avant d’être hospitalisé. «J’ai menti», dit-il.

Pour le psychiatre Jacques Talbot, plusieurs patients de Pinel «jouent au malade», tandis que d’autres «jouent au normal». La non-reconnaissance de la maladie est par ailleurs un symptôme très fréquent chez les patients. Certains patients aiment mieux pas-ser pour des bandits au cœur de pierre que d’avouer leur problème de santé mentale, tandis que d’autres préfèrent être considérés comme malades plutôt que d’avouer leur faute, explique-t-il. Ce film est un film sur la souffrance, peut-on lire à l’ouverture.

Pourtant, affirme le psychiatre Jean-Luc Dubreucq, plusieurs patients affirment qu’ils ne souffrent pas. Les diverses maladies mentales ne sont pas des maladies nobles comme les autres, poursuit Jacques Talbot. Plusieurs qui en sont touchés finissent par déborder en prison. «On n’est pas dans une ère de réhabilitation, on est dans une ère de punition», dit-il.

Les patients de l’Institut Philippe-Pinel sont doublement au ban de la société. D’abord parce qu’ils souffrent de maladie mentale, puis parce qu’ils ont commis des délits impliquant de la violence. «Il faut qu’il y ait une composante de violence associée à leur maladie ou une composante judiciaire», explique le psychiatre Jocelyn Aubut, directeur de l’Institut.

Denis Houle, sociothérapeute de Pinel, se souvient par exemple avoir déjà été frappé en souriant. Pourtant, ce n’est qu’un très petit nombre des personnes souffrant de problèmes de santé mentale qui passent effectivement à l’acte, soulève le Dr Aubut.

En général, les personnes souffrant de maladie mentale ne sont ni plus ni moins dangereuses que la population en général, soutient-il. Les patients de Philippe-Pinel ont souvent vécu de graves difficultés dans l’enfance, en plus de souffrir de problèmes de santé mentale, dit-il. «Le deuxième facteur qui entre en ligne de compte et qui est largement sous-estimé, si on compare avec la lutte qui se mène aux États-Unis, c’est le facteur drogue. De plus en plus, ce qu’on voit, c’est le rôle de la drogue dans l’émergence de la maladie et dans l’émergence et la récidive des comportements violents», ajoute-t-il. Dans son témoignage, Yves raconte qu’il refusait de prendre ses médicaments lorsqu’il a tué sa fille.

Jean-François se plaint d’ailleurs que les médicaments qu’il prend lui donnent des tremblements en plus de rendre son élocution difficile. C’est sans doute parce qu’ils ne sont pas capables de prendre soin d’eux-mêmes qu’on a souvent l’impression que les malades de l’Institut Pinel sont traités comme des enfants. «Vous doutez tout le temps de ma parole!», lance Martin, au beau milieu d’une crise, alors qu’on le force à brandir les pilules de caféine qu’il a introduites par effraction dans l’établissement. La parole d’un homme qui, par moments, n’est plus tout à fait lui-même.