Télévision à la une - L’art difficile de durer sans se trahir

La Birgitte Nyborg que nous avons découverte pendant la première saison, une femme politique intègre, nuancée et engagée qui tente tant bien que mal de concilier sa nouvelle fonction très exigeante et sa vie de famille et d’éviter les pièges de ses adversaires pour asseoir son autorité, a passablement changé.
Photo: Source Artv La Birgitte Nyborg que nous avons découverte pendant la première saison, une femme politique intègre, nuancée et engagée qui tente tant bien que mal de concilier sa nouvelle fonction très exigeante et sa vie de famille et d’éviter les pièges de ses adversaires pour asseoir son autorité, a passablement changé.
Nous ne sommes pas les premiers à l’écrire, mais pourquoi bouder son plaisir? Quelle joie de voir atterrir en cette fin d’été télévisuel, peuplé d’innombrables reprises, la suite des intrigues de palais gouvernemental qui occupent la plus toute nouvelle première ministre danoise Birgitte Nyborg et toute la ménagerie politique qui gravite autour du «Borgen», le château qui donne son titre à la série!

Atterrie à point nommé sur Artv à peine quelques jours après l’élection de Pauline Marois à la tête d’un gouvernement minoritaire, la première saison de cette série, très subtilement sous-titrée dans sa version française «Une femme au pouvoir», a rallié les critiques et un public, certes pas très nombreux, mais très élogieux, et qui n’a pas hésité à le signifier à la chaîne culturelle québécoise, selon son attaché de presse, Jean-Simon Messier.

La deuxième et avant-dernière saison (la troisième et dernière a été présentée au Danemark l’hiver dernier, le sera cet automne en France et peut-être chez nous plus tard?) devrait les ravir puisque le créateur de la série, Adam Price, et ses coscénaristes ont réussi, à notre humble avis, à élever encore d’un cran la qualité de leur projet télévisuel.

La Birgitte Nyborg que nous avons découverte pendant la première saison, une femme politique intègre, nuancée et engagée qui tente tant bien que mal de concilier sa nouvelle fonction très exigeante et sa vie de famille et d’éviter les pièges de ses adversaires pour asseoir son autorité, a passablement changé.

On la retrouve près d’un an après le discours de ralliement qui clôturait le dernier épisode de la première saison, encore fraîchement séparée de son époux, toujours un peu en brouille avec son ami et mentor Bent Sejrø, qu’elle a dû limoger de son poste de ministre des Finances, et perpétuellement en équilibre précaire à la tête d’un gouvernement minoritaire constamment menacé par la coalition de droite et les ambitions de ses alliés... 

Compromis

Après l’éblouissement des débuts enivrants, des conciliations difficiles et des échecs qu’il faut assumer, l’heure est à la consolidation des acquis, aux compromis et aux entorses aux convictions pour la première ministre. Le premier épisode est fort éclairant à cet égard, alors que la première ministre rend visite aux troupes danoises installées en Afghanistan, des troupes que son gouvernement souhaite retirer de la région sous peu. Mais une recrudescence des violences et les critiques surgissant de toutes parts la forceront à reconsidérer cette décision... Il en sera de même dans quelques dossiers chauds, où elle devra remettre en question ses principes pour se maintenir à flot... autant dans sa vie professionnelle que dans sa vie personnelle. Nous vous laissons découvrir lesquels.

De l’autre côté du miroir politique, on retrouve également l’autre personnage principal féminin de la série, Katrine Fønsmark, la journaliste politique au caractère bouillant et à l’ambition débordante qui a quitté son poste à la télévision publique pour se retrouver dans l’équipe du tabloïd L’Ekspres, mené par l’ex-dirigeant travailliste pas toujours bien intentionné Michael Laugesen. Ce dernier n’arrivera pas toujours à faire faire ses basses besognes par son employée-vedette, qu’on sent pas très heureuse dans ses nouvelles fonctions.

Ces deux femmes de tête peuvent toujours compter sur la présence bienveillante 
du «spin doctor» Kasper Juul, l’énigmatique bébitte politique au lourd passé secret dont nous découvrirons le fin mot. 

Politique 201

Encore une fois, les sujets abordés ont une certaine résonance chez nous, et en Occident en général... Outre l’engagement militaire à l’étranger, il sera question de conciliation entre les lois environnementales et l’économie, de la réforme de l’État-providence et d’équilibre budgétaire, de système de santé à deux vitesses, mais aussi de l’âge de la majorité pénale et de piraterie internationale. Un vaste programme, auquel s’ajouteront des négociations de paix entre deux pays fictifs qui font grandement penser au Soudan...

Au bout de cette session parlementaire bien remplie, les fidèles de Borgen n’auront qu’une envie: connaître la suite des aventures d’une politicienne comme on en voudrait un peu plus...

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