À voir le dimanche 11 août - Le mal identitaire

Ils sont nés dans la forêt pour échouer sur le bitume montréalais, déracinés. Il y a Vincent, l’Atikamekw, Maranda, l’Algonquin, et Raymond, l’Innu. Les trois sont aux prises avec le même démon, celui de la perte d’identité. Ils errent dans la ville, intoxiqués, imperméables à tous les efforts d’insertion sociale. Et si c’étaient les thérapies qui étaient en cause? se demande le travailleur de rue Paul Rivet, lui-même Métis-Innu.

La rue, Paul Rivet la connaît, il a dormi dans ses abris de fortune à son arrivée à Montréal et il la sillonne tous les jours depuis qu’il est devenu intervenant. «Il y a des peuples dans le monde qui vivent dans les pires conditions mais qui, contrairement à nous, ne pensent pas au suicide parce qu’ils conservent leur mode de vie, leur culture», lance-t-il d’entrée de jeu. Pour lui, l’affaire tient d’abord au cœur; c’est le mal identitaire qui fait écran entre ses protégés et le monde.

En guise de thérapie, l’intervenant — qui tient aussi solidement la caméra — leur propose dix jours de bois, sans drogue ni alcool. Son documentaire, Je ne veux pas mourir, relate ce retour aux sources forcé qui agit comme un révélateur sur les âmes torturées. La caméra saccadée, saturée de noir et de gris dans l’effervescence de la ville, prend des couleurs au fur et à mesure qu’elle se colle au rythme plus lent de la réserve. Les voix se font plus douces, les gestes moins nerveux, moins survoltés. Les confidences gagnent en profondeur.

À 51 ans, Raymond n’est pas dupe. «J’ai faite ma misère moi-même», confie-t-il à la caméra hypersensible de Rivet. Au sortir du bois, il dira qu’il sait maintenant qu’il peut aussi faire son bonheur, s’il dompte son alcoolisme, s’il retrouve ses racines. Idem pour Vincent et Maranda, qui se surprennent à rêver après des années de mort à l’âme. C’est sans doute ce qui touche tant dans ce documentaire: cet élan retrouvé intact au fond de la réserve de Pessamit et dont les services sociaux, aux prises avec un nombre grandissant d’itinérants autochtones au pays, gagneraient à s’inspirer.

À voir en vidéo