À voir le lundi 12 août - Des démons et des hommes

Il y a peu de choses plus enthousiasmantes pour un cinéphile que de voir éclore sous ses yeux une vision inédite. La certitude qu’un auteur est né, qu’il offre quelque chose que nul n’a offert avant lui, constitue chaque fois un petit miracle.

Ce qu’est À l’origine d’un cri, troisième long métrage coup-de-poing de Robin Aubert. Naturalisme trempé dans l’onirisme, parlure du cru empreinte de rudesse et d’amour rentré et, surtout, cet œil confirmé pour la composition visuelle expressive, pour la couleur...

À l’origine d’un cri brosse le portrait de trois hommes lancés sur les petites routes de la Côte-Nord, présentant en parallèle les pérégrinations d’un grand-père malcommode (Jean Lapointe, géant) et de son petit-fils teigneux (Patrick Hivon, écorché), alors que tous deux écument motels miteux et tavernes décaties à la recherche du père du second (Michel Barrette, désinhibé) qui, fou de douleur, s’est enfui avec la dépouille de sa deuxième épouse. Et la bouteille qui sert de béquille à chacun: mâlitude qui enfouit ses émotions de génération en génération et dont le passé, proche ou distant, se manifeste par des songes, des visions, des fulgurances surréalistes. Chacun est hanté par l’amour: celui que l’on cherche, celui que l’on refuse de laisser partir et celui que l’on a perdu jadis.

Saint-Martyr-des-Damnés et À quelle heure le train pour nulle part? ont révélé en Robin Aubert un as de l’image, avec et sans budget, respectivement. Ce film-ci aurait pu sombrer dans le scabreux (il est question de pédophilie et de profanation de cadavre). Une séquence très touchante montre Michel Barrette donnant le bain à sa chère disparue. Il essuie une main avec tendresse, frotte doucement la peau bleuie. On ne voit rien de morbide, sinon l’apparition de la défunte qui, à l’arrière-plan, couve le veuf d’un regard bienveillant. Le plan suivant montre ce dernier debout de dos à côté du lit où il a étendu la dépouille nue, prête à être vêtue de sa robe rouge favorite. Pas de nécrophilie à l’horizon.

Cette scène est représentative d’une œuvre certes audacieuse, mais profondément émouvante et jamais choquante.

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