Une superhéroïne en burqa lutte pour l’éducation des filles au Pakistan

Burka Avenger est une enseignante maîtrisant des arts martiaux secrets.
Photo: www.burkaavenger.com Burka Avenger est une enseignante maîtrisant des arts martiaux secrets.

Islamabad, Pakistan — Wonder Woman et Supergirl ont désormais une homologue pakistanaise dans le panthéon des femmes superhéroïnes - une justicière qui se dévoile beaucoup moins que ses pairs.

 

Burka Avenger est une enseignante, maîtrisant des arts martiaux secrets, qui utilise son voile intégral noir (la burqa) pour dissimuler son identité alors qu’elle combat des truands locaux qui cherchent à fermer l’école de filles où elle travaille.

 

Malheureusement, il s’agit d’un combat bien connu des Pakistanais dans le monde réel. Les talibans ont détruit des centaines d’écoles et attaqué des militants dans le nord-ouest du Pakistan pour s’opposer à l’éducation des jeunes filles. Des activistes ont provoqué un tollé à l’international, l’automne dernier, lorsqu’ils ont atteint d’une balle à la tête une élève militante de 15 ans, Malala Yousafzai, dans une tentative d’assassinat ratée.

 

L’action de la série animée Burka Avenger, qui doit débuter sur les ondes de Geo TV au début août, se veut plus légère. Les truands inspirent davantage la risée que la peur, et ne sont pas à la hauteur du talent de Burka Avenger, sans nul doute la première ninja d’Asie du Sud à utiliser des livres et des crayons comme armes.

 

La série en ourdou, langue parlée au Pakistan, a été mise en oeuvre par une vedette pop au pays, Aaron Haroon Rashid - connu de plusieurs sous le nom de Haroon -, qui voulait parler de l’importance de l’éducation des filles, mais aussi de la protection de l’environnement et de la discrimination.

 

La décision de revêtir l’héroïne d’une burqa noire - une robe couvrant le visage et tout le corps mise en avant par les islamistes conservateurs au Pakistan et en Afghanistan voisin - pourrait faire sourciller, car plusieurs personnes voient là un signe d’oppression de la femme.

 

La version revêtue par Burka Avenger dévoile seulement ses yeux et ses doigts - bien qu’elle ait une apparence plus lisse et un caractère ninja.

 

Aaron Haroon Rashid, qui n’est absolument pas un islamiste radical, a dit avoir utilisé la burqa afin de donner un style local à la série, qui est vue comme la première série animée produite au Pakistan.

 

« Ce n’est pas un signe d’oppression. Elle fait usage de la burqa pour cacher son identité tout comme d’autres superhéros », a-t-il fait valoir.

5 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 25 juillet 2013 05 h 17

    La burqa à d'autres fins

    C'est vrai que la burqa, en bonne grosse étoffe du pays, résistante et enveloppante, fait un super bon déguisement protecteur pour une justicière masquée.

    Prendre des libertés avec ce symbole d'oppression, quelle géniale façon de s'en affranchir par des chemins si inattendus que même les bourreaux en restent pantois.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 25 juillet 2013 10 h 41

      Symbole d'opression?

      Pas toujours et pas partout.

      En France il y a des converties qui le portent volontairement, et comme c'est culturel et non relgieux on peut penser qu'il en va de même ailleurs et dans d'autres circontances: la burqa était portée en Afghanistan bien avant l'arrivé des talibans, surtout dans les régions rurales. Ils en ont généralisé le port.

      Une amie égyptienne qui a travaillé en Arabie saoudite* m'a dit un jour que la burqa protégeait parfois les femmes: une femme qui a un amant, ce qui est totalement interdit et punissable de la peine de mort si je ne m'abuse, peut sous la burqa le rejoindre à l'hôtel, comme étant sa femme, et personne ne peut lui demander de se découvrir. Inversement me suis-je dit, un homme, affubler d'une burqa pourrait aussi aller voir sa maîtresse chez elle, on croirait qu'il s'agit d'une parente ou d'une copine...

      * Lors d'une série documentaire américaine, sur la perception des gens du Moyen-orient sur Ben Laden, alors qu'on le cherchait en vain (peut0^tre se promenait-il sous une burqa?), j'avais été estomaquée de voir des femmes qui travaillaient, en Arabie saoudite, dans des grandes surfaces, non voilées. Mais évidemment mon amie m'a expliqué que toutes ces femmes sont des immigrantes, et vivent avec leur famille dans des quartiers réservés. Qund on y pense, c'est logique: une femme sous une burqa comme vendeuses ou caissière ce n'est pas très... vendeur.

      D'ailleurs, c'est une évidence qu'ici certains refusent de comprendre: les femmes portant burqa ne travaillent pas à l'extérieur... susrtout pas comme fonctionnaire, et ce pour maintes raisons.

  • Nicole Bernier - Inscrite 25 juillet 2013 07 h 07

    Deux extraits importants qui sont souvent au centre d'un argumentaire pour justifier la supériorité civilisationnelle occidentale (un mode de vie qualifié de moderne et qui s'appuie sur les théories évolutionnistes des sciences sociales).

    1) "sans nul doute la première ninja d’Asie du Sud à utiliser des livres et des crayons comme armes"
    D'une part, que le ou la journaliste affirme que ce personnage fictif sera une première, c'est le genre d'affirmation qui sert à valoriser une sorte de modernité parce que l'auteur veut démontrer que nous sommes supérieurs à nos ancêtres, nos voisins, affirmation qui est généralement sans fondement. Chaque fois que j'ai pris le temps de chercher la véracité de ces affirmations, j'ai découvert que ce que nous croyons avoir inventé en Occident a souvent été inspiré de la rencontre d'autres cultures. Par exemple, la démocratie du bas vers le haut et les Fédérations existaient chez les Amazighs (Berbères) et les autochtones nord-américains alors que nous avions des systèmes de monarchie où le pouvoir s'exerçait du haut vers le bas.

    D'autre part, dans le deuxième extrait où l'auteur doit se justifier devant la croyance populaire et féministe (La Vie en rose dans son numéro anniversaire avait une photo de femme avec une burqa que le vent soulève pour nous montrer ses jambes et ses cuisses, ce qui est important à voir d'une femme libérée) Donc, quand l'artiste dit:
    2) "« Ce n’est pas un signe d’oppression. Elle fait usage de la burqa pour cacher son identité tout comme d’autres superhéros », a-t-il fait valoir." cela consolide le même préjugé.
    Moi, je pense aux femmes algériennes qui ont joué un rôle fondamental dans le transport des armes sous leur burqa pour se libérer du colonialisme français. Et, je pense à mes collègues de la coopération qui se payaient un mode de vie luxueux avec leurs maitresses (des femmes mariées arabes qui se déplaçaient le soir, la nuit en burqu ni vu ni connu pour satisfaire leurs désirs sexuels).

  • André Michaud - Inscrit 25 juillet 2013 10 h 35

    Bravo!

    Si j'étais une femme qui combat les talibans et leur idéologie ultra anti-femmes je me cacherais aussi le visage...le courage ne doit pas devenir suicidaire.

    Combien d'écoles ont détruit les talibans, combien de femmes mutilées, lapidées ..Qui pleurera quand le dernier taliban aura disparu dans les poubelles de l'histoire?

    Bravo à celle qui ose les affronter idéologiquement et revendiquer le respect des femmes et leur droit à L'éducation.

  • Nicole Bernier - Inscrite 25 juillet 2013 13 h 01

    Burqa? Niqab et Abaya?

    Je viens de lire sur le site de "lapresse.c​a - Internatio​nal" une autre manière de décrire ce personnage de dessins animés pakistanais:
    "Oubliez Wonder-Woman, ses formes pulpeuses et son costume sexy. On ne voit que ses yeux, son visage est caché derrière son niqab (bien qu'elle se nomme The Burqa Avenger), et ses mains qui lancent des livres en guise de projectiles, le reste de son corps étant drapé d'une ample abaya. Voici la première super-héroïne pakistanaise : la Burqa Avenger. Elle pratique le Takht Kabaddi - un art martial qui utilise des livres et des crayons comme armes de combat - et s'attaque aux talibans, une école à la fois."

    D'un côté, je trouve que, sur ce site, les nuances faisant référence à la culture vestimentaire de la région démontre plus de respect. Je sais que la signification de tous ces différents vêtements est encore plus complexe. Il y a des significations différentes selon les individus, selon les classes sociales et selon les pays et selon les courants religieux, donc je trouve qu'il est important de ne pas faire des généralisations trop grossière qui finissent par se transformer en préjugés..

    Ce qui m'a fait penser à ces caricatures qui représentent les femmes occidentales et les femmes musulmanes et qui discutent des préjugés que certaines femmes d'Afrique et du Moyen-Orient entretiennent face aux abus du machisme en Occident
    http://eastwestwesteast.wordpress.com/2012/01/20/l

    Pour avoir la possibilité de se pavaner en deux pièeces, il y a énormément de pression sociale sur les filles et les femmes imparfaites??? Les contraintes physiques sont perçues, par certaines personnes plus radicales, commes des abus innacceptables...