À voir le samedi 8 juin - La vérité à offrir

Un documentaire d’une heure à propos de Barbara, produit en 2012 par la télé française pour souligner les 15 ans de son décès (le 24 novembre 1997). Au programme: des documents d’archives, des extraits d’entrevue et cinq chanteuses d’aujourd’hui, très fans de Barbara, qui parlent de Barbara: sur papier, on se dit que c’est la solution de facilité, la coche cochée dans le cahier des charges.


Que nenni! Ce film écrit par Didier Varrod et Nicolas Maupier, réalisé par ce dernier, est d’une rare délicatesse dans le traitement et d’une attention tout aussi sensible aux textes. Ceux de Barbara, mais aussi de journalistes qui, au cours des ans, ont évoqué la Dame brune. Danièle Heymann, notamment, qui décrivait ainsi dans un papier de L’Express en 1965 le rapport plus qu’intime entre Barbara et ceux qui venaient la voir en spectacle: «Elle viole, narines ouvertes, le jardin secret des spectateurs, dans sa loge des inconnus s’effondrent... comment avez-vous deviné?» Ce niveau-là.


Pareillement, on a débusqué dans le fatras d’entrevues de l’INA des moments de grâce, où Barbara est Barbara, impatiente quand les questions sont télégraphiées, lumineuse quand elle a devant elle une Denise Glaser à Discorama qui lui parle de perméabilité au malheur d’autrui: «Je ne peux parler que de ma propre tragédie. Je ne peux me servir des morts si ce ne sont pas les miens, pour faire une chanson, vous comprenez?» Tellement.


Et l’on a choisi les chanteuses qu’il fallait, celles qui ont Barbara en dedans: Daphné (qui sera justement aux Francos pour chanter Barbara), La Grande Sophie, L, Camille, Olivia Ruiz. Commentaires éclairants («elle se planque derrière ses personnages, mais à la fin des chansons, le rideau s’ouvre», observe la Ruiz, loin des lieux communs), en alternance fine avec les chansons en archives, une narration très écrite («elle a chanté sa vie comme on prend le voile»), on est dans le docu de dentellière, dans une musique jouée du bout des doigts.


De la télé comme une petite cantate.

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