À voir le mardi 21 mai - Jeu de dames

Le bingo comme métaphore. Au fond, il n’y a peut-être pas meilleur concentré des mutations sociales québécoises que ce jeu de hasard, comme le montre ce documentaire de la toujours très passionnante série Tout le monde en parlait.


On exagère, oui, bien sûr. N’empêche, le bingo témoigne à sa façon des mutations en cours depuis la Révolution tranquille avec une force symbolique extrêmement puissante: quand les nefs des églises se vidaient, dans les années 1950 et 1960, leurs sous-sols se remplissaient, surtout de dames, attirées par l’appât du petit gain et le goût d’un autre «entre-nous». En plus, le bingo occupe une place centrale dans la pièce Les belles-soeurs, cube Oxo culturel de l’époque. «C’était une place bien reconnue pour le plaisir des femmes», résume une ancienne adepte en introduction du reportage.


Le portrait de groupe avec boulier se déploie de manière chronologique, en utilisant des témoignages de toutes les parties, les joueuses comme les curés. Il manque des sociologues ou même des moralistes pour juger le mouvement, mais bon, le panorama vaut quand même le détour.


Dans les années 1960, les récompenses prennent la forme de cadeaux (un grille-pain, des timbres Gold Star). À partir des années 1970, l’État légalise les prix en argent. Les bingos servent ensuite à financer les paroisses, autre preuve de la grande mutation sociale. Les fidèles boudent le rite. La quête dominicale et la dîme ne rapportent plus. Les fabriques n’ont donc plus que le choix de s’en remettre au vice du jeu pour payer les comptes. Tellement que les diocèses vont finir par se retirer du secteur pour le laisser aux organismes charitables.


Dans les années 1980, des entreprises privées investissent le secteur et multiplient les offres, y compris en inventant des bonnes causes pour se justifier. La loi antitabac de 2006 donne un dur coup au secteur, qui, pour compenser, augmente la taille des prix. Peine perdue. L’achalandage et les redevances communautaires diminuent pour cette activité devenue très, très ringarde. Le Kinzo, qui se joue en réseau, tente de prendre le relais dans le secteur saturé, contrôlé par l’État. Les loteries et les jeux comme métaphores...

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