À voir le mardi 14 mai - La peur en héritage

Elles sont des milliers de filles et de femmes, sans nom ni visage, gardiennes malgré elles de l’honneur de leur famille dans des pays d’accueil qui ne les voient même pas. «Je suis le visage public des hommes de mon entourage. C’est à eux que je dois d’abord penser quand je sors», explique une Fadime déterminée à briser le silence en dépit des menaces de mort qui pèsent sur elle.


Porte-voix des exclus, des violentés, des ostracisés, la documentariste de War Babies et Des marelles et des petites filles, Raymonde Provencher, s’est penchée sur le sort de ces femmes qui, comme Fadime, étouffent sous le poids des traditions dans des pays occidentaux qui échouent même à en reconnaître l’existence. C’était avant que l’affaire Shafia ne fasse ici les manchettes, mais après la mort violente de Fadime en Suède.


L’histoire de la jeune femme d’origine kurde a eu l’effet d’un électrochoc là-bas. Devant la cour, Fadime avait dénoncé les agressions de son frère à son endroit. Devant le Parlement, elle avait révélé les menaces et les violences faites à des milliers de femmes comme elle. Quelques mois plus tard, son père la tuait pour venger son honneur bafoué.


Pour Ces crimes sans honneur, Raymonde Provencher a mis cinq ans à reconstruire le destin de ces femmes venues du Moyen-Orient, de l’Afrique ou de l’Asie du Sud, le déshonneur étant culturel avant d’être religieux. Son périple l’a menée de la Suède au Canada en passant par l’Allemagne. Certaines femmes témoignent à découvert. Celles-là ont appris à se reconstruire malgré l’exclusion. Les autres ont encore trop peur.


Respectueuse, la cinéaste québécoise tisse lentement sa toile, révélant des horreurs difficiles à imaginer dans un monde où c’est le père qui décide de tout. Y compris de la vie. Un monde qui brise aussi des hommes, rappelle l’auteur Arkan Asaad. Malgré des débuts lents et une caméra presque statufiée par la gravité de son sujet, le film de Raymonde Provencher atteint son but: ouvrir grands nos yeux. Il était plus que temps.

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