À voir le dimanche 12 mai - Élégie funèbre

Le roman Gatsby le Magnifique, de F. Scott Fitzgerald, est souvent désigné dans les milieux littéraires anglo-saxons comme appartenant à la courte liste du «Great American Novel», soit «le grand roman américain», un concept définissant ces oeuvres qui capturent et restituent parfaitement l’essence de l’époque à laquelle elles furent écrites. Campé dans les années 1920 durant «l’ère jazz», Gatsby le Magnifique atteint ce sommet. Si l’on en croit l’adage, les grands romans donnent souvent de mauvais films, et vice-versa. Logiquement, le septième art devrait laisser tranquille le chef-d’oeuvre de Fitzgerald. Gatsby le Magnifique a pourtant été adapté cinq fois pour le petit et le grand écran.


Ainsi, quelques jours avant que la nouvelle version signée Baz Lurhmann (Moulin Rouge) ouvre le Festival de Cannes, les télédiffuseurs ont eu l’idée de faire faire un tour de piste à la version que Jack Clayton (Les chemins de la haute ville, Les innocents) réalisa en 1974. Pour mémoire, l’intrigue racontée du point de vue d’un jeune vétéran de la Première Guerre mondiale s’intéresse aux manoeuvres dispendieuses d’un nouveau riche pour reconquérir un amour de jeunesse marié à l’héritier arrogant d’une «vieille fortune». Sur fond de réceptions et de fêtes, la tragédie couve.


À l’impossible, nul n’est tenu, aussi est-il futile d’espérer une transposition exhaustive du roman. Malgré un flot narratif parfois hésitant, on constate avec le recul que le scénariste, Francis Ford Coppola (excusez du peu), s’est plutôt bien débrouillé en respectant non seulement la lettre, mais aussi l’esprit de l’oeuvre. À la mise en scène, Jack Clayton opte pour une vision ampoulée appropriée à un univers superficiel dans lequel les personnages de Robert Redford et de Mia Farrow brillent avant de suffoquer. Diffuse et éthérée, la direction photo de Douglas Slocombe traduit admirablement la nature élégiaque de l’oeuvre. Bref, à défaut d’être un classique, le film demeure un essai concluant.