À voir le samedi 11 mai - Un sujet qui n’a pas vieilli

Le titre Kramer contre Kramer évoque la bataille juridique qui survient lorsqu’une femme qui a quitté son fils et son mari revient plus tard réclamer la garde de l’enfant. Présentée ainsi, la polarisation de l’affaire paraît simple, mais elle ne l’est pas. Le noeud de l’intrigue de cette adaptation du roman d’Avery Corman se situe en amont du procès.


Comme la plupart des publicistes new-yorkais, Ted Kramer est un carriériste consommé. Il a une femme, Joanna, et un petit garçon, Billy, qui meublent son confortable appartement de Manhattan (à la fin des années 1970, c’était possible). Puis, catastrophe: Joanna lui annonce qu’elle part, là, tout de suite; qu’elle doit se «trouver» et que cela ne peut se faire si elle a la charge de Billy, qu’elle adore néanmoins. Cette rupture que Ted n’est pas outillé pour concevoir tombe bien mal puisqu’on vient justement de lui confier une grosse campagne de pub. D’abord vive, l’animosité entre le père et le fils se mue graduellement en complicité, puis en amour véritable à mesure que Ted s’engage dans son rôle de parent.


Ce qui frappe aujourd’hui encore dans Kramer contre Kramer, c’est à quel point tous les personnages, même secondaires, sont nuancés et authentiques. Chaque ligne sonne juste, chaque comportement paraît probant. Cela facilite l’immersion dans leur histoire. Non seulement est-on témoin des émotions des personnages, mais on vit celles-ci avec eux. La lumière de Nestor Almendros aide, le recours à la musique de Vivaldi aussi.


Dustin Hoffman, qui campe Ted, reçut un Oscar pour son interprétation finement calibrée et très émouvante, tandis que Meryl Streep, qui défend Joanna, en reçut un pour sa composition non moins brillante. Pour l’anecdote, son plaidoyer final lors du procès, l’actrice l’écrivit elle-même. Estimant que Streep comprenait son personnage bien mieux que lui, Robert Benton lui demanda en effet de choisir les mots de Joanna. Trois autres Oscar couronnèrent cette production n’ayant rien perdu de sa pertinence, soit ceux du meilleur film, de la meilleure mise en scène et du meilleur scénario adapté.

À voir en vidéo