À voir le samedi 4 mai - Chef-d’oeuvre intégral

Il est certains films dont on ne se lasse pas et dont chaque visionnement recèle son lot de découvertes. Il est certains films, encore, dont on voudrait qu’ils ne se terminent jamais et dont chaque visionnement s’accompagne d’une appréhension du dénouement. Fanny et Alexandre est l’un de ceux-ci. Heureusement, TFO a eu la bonne idée de présenter la version longue du merveilleux film d’Ingmar Bergman, histoire de faire durer le plaisir qui s’étalera ainsi sur trois semaines.


Campé en Suède au tout début du vingtième siècle, Fanny et Alexandre est surtout raconté du point de vue du jeune Alexandre Ekdahl, qui n’est ni plus ni moins que l’oeil du cinéaste. Chez les Ekdahl, on célèbre Noël en grand. Intimement liée au monde du théâtre, la famille se réunit pour accueillir la troupe locale à l’occasion d’un festin célébratoire dans la demeure de la grand-mère.


Il se dégage de ces moments douillets une chaleur qu’on ne retrouve pas ailleurs dans le cinéma de Bergman. Sans surprise, celle-ci est de courte durée puisque, au décès du père d’Alexandre et de sa soeur Fanny, leur mère trouve consolation auprès de l’évêque local. Homme autoritaire et sadique, le beau-père entreprend de «briser» son beau-fils. Une fois n’étant pas coutume chez l’auteur, mal lui en prend.


En effet, même dans ses passages difficiles, il n’est point de désespoir dans ce film. Absentes également, les grandes remises en question théologiques et métaphysiques. C’est le monde à travers le regard innocent et pur d’un enfant que propose l’auteur, une nouveauté pour lui. Un regard qui en plus est capable d’émerveillement.


Le livret accompagnant le coffret Criterion de ce chef-d’oeuvre révèle qu’Ingmar Bergman écrivit dans son journal au sujet du film: «En m’amusant, je peux vaincre l’angoisse, relâcher la tension, et triompher sur la destruction. Je veux finalement montrer la joie que je porte en moi en dépit de tout...» Pas étonnant qu’il ait longtemps envisagé d’en faire son chant du cygne.