À voir le samedi 20 avril - La touche del Toro

Quand il possède suffisamment de talent, un auteur peut aisément accepter une commande hollywoodienne et la détourner en y intégrant ses propres obsessions (pensez à Brian De Palma et à Steven Soderbergh). C’est à cette gymnastique périlleuse que s’adonne avec brio Guillermo Del Toro (L’échine du diable) dans Hellboy II: l’armée d’or.


Dans Hellboy II, un rappel qu’Hollywood n’est jamais plus heureux que lorsque succès et suites sont conjugués, on retrouve Red, un démon semi-domestiqué reconverti en sauveur de la veuve et de l’orphelin qui travaille pour une agence gouvernementale ultrasecrète. Dans cet opus-ci, Red doit protéger une humanité fort ingrate contre un prince elfe mégalo qui menace de ranimer la mythique armée du titre.


Cette suite s’avère beaucoup plus riche, plus dense et plus ambitieuse que l’oeuvre première, plus proche aussi des thèmes chers à Del Toro. En insistant sur la dualité entre les mondes du dessus (celui des hommes) et du dessous (celui des elfes) par le truchement d’un personnage marginalisé, le cinéaste propose une oeuvre parfois étonnamment proche de son Labyrinthe de Pan.


Ron Perlman (La cité des enfants perdus) habite complètement son personnage, un héros grognon, teigneux et immature. La direction photo de Guillermo Navarro, collaborateur habituel du cinéaste, est une fois de plus superbe, surtout dans les scènes souterraines. Très à l’aise dans ces ambiances féeriques et inquiétantes, Danny Elfman (compositeur attitré de Tim Burton) propose une trame sonore efficace.


La réussite de l’entreprise revient toutefois au metteur en scène et scénariste, qui réussit la délicate alchimie de rendre personnel un concept qui n’était pas le sien (mais celui du bédéiste Mike Mignola).


De fait, on sait gré à Del Toro d’avoir créé, d’après ses propres croquis, comme pour Pan, une pléiade de créatures d’une monstrueuse beauté. Obligée, la traditionnelle bataille entre les forces du Bien et celles du Mal s’en trouve considérablement enjolivée.

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