À voir le mercredi 24 avril - Comme une peinture qui s’anime

Quand on parle du cinéma de Stanley Kubrick, de son génie, on nomme d’entrée de jeu 2001: l’odyssée de l’espace, Orange mécanique, Docteur Folamour, voire Shining: l’enfant lumière. Rarement mentionne-t-on d’office Barry Lyndon, souvent relégué à la «deuxième ronde» de chefs-d’oeuvre d’un maître qui enchaîna ceux-ci à la manière d’un rang de perles. Dans sa rubrique «Grands films», feu Roger Ebert écrivit: «En plaçant de si petits personnages sur une si grande scène, en forçant notre détachement vis-à-vis d’eux, Kubrick suggère une position philosophique aussi limpide que s’il mettait les mots dans la bouche de ses personnages.»


Basé sur le roman picaresque Mémoires de Barry Lyndon de William Makepeace Thakeray (La foire aux vanités), le film relate le parcours peu édifiant d’un bellâtre irlandais en quête de titres et de richesse facile. De l’enfance de toutes les promesses jusqu’à la déchéance de la maturité, cette chronique historique campée dans l’Europe du XVIIIe siècle déchirée par la guerre de Sept Ans consiste en un enchaînement exquis d’épisodes feuilletonesques divisés en deux actes. Mort du père, premier amour malheureux, passage obligé par l’armée, arnaques, politique, mariage de raison: tout y passe, tout fascine.


Dans le rôle-titre, Ryan O’Neal (Love Story) se révèle étonnamment efficace. Une brochette d’acteurs de composition accomplis lui apporte cela dit un concours non négligeable.


Quiconque l’a vu ne serait-ce qu’une fois sait que Barry Lyndon n’est pas un film qu’on oublie de sitôt. Sa magnificence esthétique, car c’est de cela qu’il s’agit, s’imprime sur la rétine de manière durable. Cette succession d’extérieurs et d’intérieurs composés comme des tableaux d’époque compte parmi les plus belles à avoir été captées sur pellicule. Éclairés à la chandelle, les soupers et les banquets ont profité du perfectionnisme légendaire de Kubrick, qui eut recours pour l’occasion aux mêmes lentilles 50 mm que la NASA lors de ses missions Apollo. Ça ne s’invente pas.

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