Télévision à la une - Vers des lendemains qui déchantent

En ce Jour de la Terre, qui aurait intérêt à se multiplier 365 fois, tant les dangers qu’affronte le globe qui nous abrite et ses fragiles écosystèmes sont nombreux, le documentaire Survivre au progrès relève un pari aussi ambitieux qu’audacieux, servi par des images souvent magnifiques. Ce pari est celui d’aborder à la fois les enjeux environnementaux et financiers qui menacent d’engloutissement la planète, à travers de nombreuses entrevues, mais aussi des plongées contextuelles dans plusieurs pays, dont la Chine, les États-Unis, l’Amazonie brésilienne, etc.


Mathieu Roy et Harold Crooks se sont inspirés de l’essai de Ronald Wright A Short History of Progress en réactualisant l’échec de notre civilisation à travers la crise de Wall Street. Le mouvement des indignés va d’ailleurs dans le sens des plaies du monde dénoncées ici et montrées, avec des survols de caméra sur des aires dévastées.


Ceux qui connaissent bien le dossier environnemental et les enjeux de la crise financière estimeront que plusieurs propos alarmants tenus dans le film ont déjà été entendus et montrés à travers maints documentaires, reportages, essais, etc. Ils ont raison. On connaît la chanson, mais celle-ci gagne à se faire refrain, puisque pas grand-chose ne change, ou alors à vitesse de tortue, et surtout pas au Canada, qui fait cavalier seul en boudant les sommets sur le sujet.


Mais les cinéastes n’entendent pas prêcher aux convertis; ils veulent plutôt offrir un film destiné au grand public, afin de susciter des débats et d’ouvrir les yeux quant au reste.


Vulgariser

De fait, les signaux d’alarme gagnent à se multiplier. Et celui-ci possède le mérite de bien vulgariser l’ensemble des problèmes planétaires, nombreux et affolants, tant écologiques que financiers, avec des images souvent saisissantes, une musique inspirée et sans voix hors champ, laissant chaque intervenant s’exprimer.


On s’intéresse particulièrement aux périples des cinéastes en Chine, où père et fils posent un regard différent sur le boom économique du pays, l’aîné étant le seul à être conscient des effets dévastateurs du progrès sur l’environnement. L’équipée amazonienne, alors que de petits forestiers paient pour la destruction de la jungle en laissant impunis les vrais coupables, en dit long aussi sur l’impunité des gros qui manipulent le jeu sans conscience sociale, la corruption aidant, des propos corroborés d’ailleurs par un financier de Wall Street.


Discours catastrophe à plusieurs voix et sur plusieurs dossiers, car tout va mal, nous dit-on. Les optimistes et les sceptiques, estimant que l’homme a toujours su s’adapter et évoluer à partir des bâtons qu’il se mettait lui-même dans les roues, rugiront sans doute de se faire resservir la formule alarmiste, à moins du coup de barre radical et improbable, au train où la surconsommation nous a tous dérangé l’esprit, mais l’appel à la vigilance mérite d’être martelé et doit l’être.


Parmi les personnes de premier plan interviewées, dont Jane Goodall, David Susuki ou Margaret Atwood, par exemple, certaines livrent des témoignages alarmants, certes, mais peu originaux, sur la planète mise à mal: ressources en peau de chagrin, réchauffement climatique, système économique au bord de l’explosion, répartition inégale des richesses, etc. Ronald Wright, de son côté, tient des propos passionnants en reliant nos dérives à celles de civilisations passées, des Mayas aux Romains en passant par l’homme de Cro-Magnon, qui détruisit ses ressources en voulant les accumuler.


L’homme n’apprend pas de ses erreurs passées, dit le film en substance, en démontrant dans quels pièges on tombe tout le temps tête baissée, sans consulter les livres d’histoire à titre de garde-fou. Notre cerveau n’a guère évolué depuis l’âge des cavernes, mais il fait face désormais à la destruction de son habitat. Ce cerveau peut quand même le sauver in extremis de sa course folle vers la destruction, estiment d’autres. Consommons moins, martèle le film avec raison.


Survivre au progrès, de Mathieu Roy et Harold Crooks, appelle au réveil, donc, en faisant flèche de tout bois et en démystifiant cette notion même de progrès à tout prix. Ceux qui se piquent encore d’espoir y trouveront matière à réflexion. Les autres trouveront un écho à leurs appréhensions ou un coup de fouet pour évoluer.


Les théories des petits pas sont les seules à la portée de tous, mais comme il faut bien commencer quelque part...


Survivre au progrès

Explora, lundi 22 avril à 21h.

En rediffusion mardi 23 avril à minuit, mercredi 24 avril à 16h et vendredi 26 avril à 13h.