À voir le mardi 16 avril - Une justice pour... certains

Central Park, à New York, un soir d’avril 1989. Une joggeuse est battue et violée au cours d’une agression particulièrement sauvage.


La population est en émoi et les autorités, aux abois. Cinq adolescents sont plus tard arrêtés, inculpés, puis reconnus coupables: Antron McCray, Kevin Richardson, Yusef Salaam, Raymond Santana et Korey Wise. Désignée sous le surnom «les cinq de Central Park», la bande prend le chemin de la prison et les noms de ses membres s’effacent rapidement des mémoires. Il convient aujourd’hui de s’en souvenir, car il se trouve qu’Antron, Kevin, Yusef, Raymond et Korey étaient innocents.


Coréalisé par le grand Ken Burns (Baseball, The Jazz) avec sa fille Sarah et son producteur de longue date David McMahon, The Central Park Five provoque une vague d’indignation et de dégoût. Fruit d’une recherche intensive et fort d’un accès aux bandes audiovidéo des interrogatoires navrants menés à l’époque par le NYPD, le documentaire a tôt fait d’établir qu’il importait surtout de trouver des coupables, et vite. En filigrane, on brosse le portrait saisissant d’un New York en ébullition, en passe d’être purgé par Rudolph Giuliani.


Contrairement aux forces de l’ordre d’alors, les trois documentaristes procèdent avec une minutie exemplaire, reconstruisant l’avant, le pendant et l’après-agression. Le verdict est sans appel. La pression exercée sur le NYPD était grande, et le film le démontre sans équivoque; les accusés, tous Noirs ou Latinos, avaient la tête de l’emploi aux yeux des autorités, à défaut d’être coupables. Ils ont tous purgé des peines de 6 à 13 ans de prison avant qu’un violeur en série, dont l’ADN avait été prélevé sur la scène du crime, n’avoue sa culpabilité.


Et la victime, dans tout ça? Le système judiciaire a pris sa cause, en a fait un spectacle, puis a accouché d’un simulacre de justice.

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