Télévision à la une - Dessine-moi un criminel

Dévoilé à des médias et à un public agréablement surpris lors des 14es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) en novembre 2011, le documentaire Mom et moi relève à la fois du portrait, celui de Maurice «Mom» Boucher, et du journal intime, celui du réalisateur Danic Champoux. Ce dernier opta pour la manière originale, c’est le moins que l’on puisse dire, dans le traitement de ces deux sujets croisés.


En effet, la plupart des séquences qui constituent Mom et moi furent réalisées en animation (gracieuseté du collectif Buck Créations). Et il y a le ton, particulier, toujours conscient de la gravité de ce qui est dit ou montré malgré l’amusement de surface. Beaucoup d’ironie, un peu de sarcasme et une chaleur humaine indéniable. Bref, c’est une drôle (dans tous les sens du terme) de bibitte que présente cette semaine l’émission Zone doc.


Enfances en parallèle

Né à Sorel dans un milieu défavorisé qu’il rend en images et en mots avec un humour aigre-doux qui témoigne qu’il a fait la paix avec son passé, Danic Champoux ne perd pas de temps à mettre en parallèle sa propre enfance soreloise avec celle d’un autre concitoyen, un certain Maurice Boucher. Entre autres questions, l’auteur se demande comment il se fait que lui a esquivé de justesse une vie de trafics et de crimes, alors que son célèbre vis-à-vis, dans un contexte relativement similaire, a fait des choix opposés avec les conséquences que l’on sait.


À cet égard, il convient de ne pas se méprendre: il ne s’agit là que de l’un des aspects abordés par ce documentaire d’animation impudique et bien observé. On n’est pas en présence d’une oeuvre consacrée au premier chef à la résilience, par exemple. Pour le compte, Danic Champoux revient davantage sur la fascination qu’il a éprouvée envers Maurice «Mom» Boucher, et ce, dès sa plus tendre enfance. Désillusion il y eut, mais tardivement. Entre celle-ci et l’admiration initiale, il y eut une guerre des motards, 165 morts, et Danic Champoux qui prit du recul le temps d’aller faire la Course destination monde...


À l’époque, voici comment ma collègue Odile Tremblay avait résumé l’oeuvre dans Le Devoir: «Le charme du film, c’est qu’il révèle l’admiration d’un jeune pour un criminel endurci, mais à mesure que le cinéaste cesse de jouer au petit dur, son point de vue se modifiera. En parallèle, il mène l’enquête sur la vie de “Mom” Boucher, jusqu’à sa mise à l’ombre qui le tasse du paysage. C’est le va-et-vient souvent humoristique entre ces segments qui crée la dynamique d’un film rempli de sel.» Une opinion partagée.

 

De «vrais» personnages


Entre les «recréations» en animation, plusieurs intervenants viennent éclairer la lanterne de Danic Champoux qui, d’abord hors champ puis graduellement présent dans le cadre, tend le micro à sa mère, au journaliste Michel C. Auger, au chroniqueur Claude Poirier, à sa psychologue, à un enquêteur issu de l’opération Carcajou, à un policier à la retraite, à un astrologue, etc.


La voisine d’enfance du documentariste, laquelle est toujours domiciliée à Sorel, commente l’hier et l’aujourd’hui avec une truculence digne du meilleur de Michel Tremblay.


La voix maquillée et présentée en animation afin de préserver son anonymat, une amie de Maurice Boucher offre une tout autre perspective des événements. Le contraste entre le propos et le procédé est aussi détonnant qu’efficace.


Depuis Mom et moi, Danic Champoux a réalisé le très touchant (et éclairant) documentaire Séances, campé dans le centre d’oncologie de Cowansville. On continue d’attendre de belles choses de ce documentariste singulier.

 

Zone doc / Mom et moi

Radio-Canada, vendredi 19 avril à 21h

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