Télévision à la une - Beauté décortiquée

Le titre fait tout de suite penser au conte Blanche-Neige, et plus particulièrement à une réplique célèbre de la méchante belle-mère: «Miroir, miroir, dis-moi que je suis la plus belle.» D’autant plus que cette série documentaire québécoise s’emploie à «analyser» notre rapport à la beauté sous toutes ses coutures, un concept bien subjectif en principe, mais dont les contours sont malheureusement trop souvent définis par les canons imposés par une société donnée.

Nous sommes tous attirés par les belles personnes, omniprésentes qu’elles sont dans les espaces médiatiques, favorisées qu’elles sont dans la vie quotidienne, dans les milieux de travail, bref partout. Nous voulons tous être beaux, ou à tout le moins tendre vers une certaine beauté, souvent associée à la jeunesse, à la réussite, et nous faisons de plus en plus le «nécessaire», et même plus (voire trop) pour atteindre cet objectif.

L’analyse et la remise en question de ces phénomènes que propose cette série justifient à elles seules sa pertinence, et son intérêt. Beauté mondialisée Normes de plus men plus uniformes Mondialisation oblige, les normes qui définissent la beauté se révèlent de plus en plus uniformes partout sur la planète et «n’accablent» plus seulement les femmes, celles qui devaient traditionnellement «souffrir» pour être belles.

C’est ce que s’emploie à nous faire comprendre le premier épisode de Miroir, consacré à la beauté masculine, ou plus spécifiquement à la préoccupation grandissante des hommes pour leur apparence. Une préoccupation qui a une incidence sur leur assiduité au centre d’entraînement, mais aussi sur leur consommation de produits cosmétiques, de vêtements griffés; ils ont même de plus en plus recours à la chirurgie esthétique.

Comme pour chacune des émissions de la série, on a fait appel à une personnalité publique plus ou moins connue pour commenter le thème exploré. C’est au comédien Vincent Gratton, qui se qualifie bien humblement «d’ex-beau», de briser la glace des apparences en se confiant sur son rapport à la beauté masculine, dont les standards ont passablement changé au cours des dernières décennies.

C’est que les mâles «désirables» doivent maintenant déployer une musculation nettement plus développée que jadis, alors qu’on était généralement plus indulgent envers les petits défauts de ces messieurs, «poignées d’amour» comprises. L’exemple de l’évolution de la poupée GI Joe des années 60 à nos jours est éloquent à ce sujet: de «gringalet» filiforme, le guerrier de plastique a vu le diamètre de ses biceps doubler, et GI Joe ressemble aujourd’hui à une version miniature de Rambo et consorts...

Ce genre d’informations et d’autres statis- tiques tirées de diverses publications et études scientifiques essaiment tous les épisodes, entre les interventions de la «vedette» invitée et celles «d’experts» qui reviennent dans plusieurs émissions: journalistes, médecins, sociologues et autres chercheurs univer- sitaires qui se sont penchés sur un des aspects de ce sujet inépuisable...

Beautés décomposées

La série, composée d’une treizaine de demi-heures scénarisées et réalisées effica- cement par Marie Carpentier (À la Di Stasio, Maîtres en scène), s’attarde ainsi à la beauté chez les femmes, les enfants, les adolescents, les «communautés culturelles», sur les aléas de la beauté au travail et lorsqu’on est une personnalité publique, ou blonde, ou gaie, ou pas très mince...

La peur de vieillir et ses «solutions», l’acceptation tranquille et les transformations corporelles n’ont pas été oubliées, tout comme les malheurs des beaux et des belles victimes des jeux de séduction dont elles voudraient bien se soustraire, comme les gens «normalement» jolis...

Certains épisodes ressortent du lot, comme celui consacré à la beauté chez les non- voyants, aveugles de naissance ou de longue date, qui, contrairement à ce que certains pourraient croire, sont bien souvent très soucieux de leur apparence, ainsi que de celle des gens qui les entourent. D’autres explorent des réalités déjà fort bien documentées, comme celui sur les chirurgies plastiques, mais ils donnent à entendre des commentaires fort éclairants sur le niveau «d’intolérance» envers les défauts corporels que certains ont développés, des commentaires qui laissent parfois songeurs...

Voilà donc de la bien belle matière à réflexion sur la perception que l’on a de sa propre apparence et de celle des autres, sur les jugements souvent hâtifs que l’on porte, tel un miroir déformant et parfois dégradant.

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