À voir le vendredi 22 mars - Choc de titans

Françoise Sagan n’avait pas tort en affirmant qu’«on ne pourra jamais faire un film sur [Orson] Welles, du moins, je l’espère, parce que personne au monde n’aura sa stature, son visage, et surtout dans les yeux cette espèce d’éclat jamais adouci qui est celui du génie». Voilà de quoi terrifier Liev Schreiber, qui incarna ce monstre sacré du cinéma américain à une époque cruciale de sa carrière, et surtout de sa vie: lors du tournage de son chef-d’oeuvre absolu, Citizen Kane (1941), le film qui allait bouleverser la grammaire cinématographique pour des décennies à venir.


RKO 281: la bataille de Citizen Kane, de Benjamin Ross, relate peu les remous du tournage, mené par ce grand metteur en scène new-yorkais qui n’avait que 24 ans à son arrivée à Hollywood. En fait, il s’agit d’une description minutieuse et appliquée de la guerre que Welles a provoquée en s’inspirant ouvertement de la vie du tout-puissant magnat de la presse, William Randolph Hearst (James Cromwell). C’est lui qui se cache, si l’on peut dire, derrière Charles Forster Kane, que Welles interprète avec une fierté évidente.


Hollywood était déjà depuis longtemps un joli foyer de rumeurs et de scandales, dont plusieurs savamment étouffés grâce au pouvoir de Hearst.


Le film, dont le tournage fut entouré de mystère, allait vite s’attirer les foudres du despote lorsque les deux grandes potineuses de la ville, Hedda Hopper (Fiona Shaw) et Louella Parsons (Brenda Blethyn), l’auront vu, consternées par les nombreux parallèles entre Kane et Hearst. Il décrivait d’ailleurs dans de tristes détails sa relation avec une starlette idiote, Marion Davies (Melanie Griffith).


Si Citizen Kane a pu se frayer un chemin sur les écrans plutôt que d’être détruit, c’est moins grâce à la détermination de Welles que grâce à un coup du destin qui allait frapper Hearst. Ruiné, il n’avait plus le luxe de menacer les grands patrons des studios.


Ce combat de titans, filmé surtout dans des intérieurs chics (et en studio à Londres), ne fait qu’effleurer le génie d’un artiste et la mégalomanie d’un éditeur. La vérité de leur propre démesure éclate surtout dans Citizen Kane.

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