À voir le jeudi 7 mars - À vue de nez, un chef-d’oeuvre

Depuis la première à Paris le 28 décembre 1897, on ne compte plus les adaptations et les relectures (dont Roxanne de Fred Schepisi avec Steve Martin) de la célèbre «comédie héroïque» d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. Encore aujourd’hui, personne n’est insensible aux malheurs de cet homme au long nez qui ne vivra son amour pour sa tendre cousine qu’à travers les lettres qu’il lui écrit avec une passion dévorante mais sous le nom, et l’insistance, d’un jeune bellâtre un peu idiot.


Reconnu à l’époque pour ses comédies sautillantes (La vie de château, Tout feu tout flamme) et surtout pour ses longues parenthèses professionnelles (parfois plus de sept ans entre deux films), Jean-Paul Rappeneau allait non seulement signer l’un des films les plus coûteux du cinéma français, mais sans doute la production la plus achevée de la pièce de Rostand. Au-delà des extravagances et des prouesses techniques (2000 acteurs et figurants, 2000 costumes, une quarantaine de décors), le cinéaste possédait plusieurs cartes dans son jeu pour que celui-ci soit magnifique. Car pour servir les alexandrins de Rostand, l’apport du scénariste Jean-Claude Carrière fut déterminant, lui qui n’hésita pas à effectuer des coupures et à écrire d’imperceptibles ajouts! Et pour reproduire l’obscurité dans laquelle baignaient les intérieurs de l’époque, les salles de spectacle autant que les salons chics, le directeur photo Pierre Lhomme a recréé une lumière dont la beauté demeure à ce jour un mystère de cinéma.


Aux côtés d’une gracieuse Anne Brochet en Roxane et d’un séduisant Vincent Pérez dans le rôle ingrat de Christian de Neuvillette trône une star qui peut se glisser dans la peau de n’importe qui, mais dont on croyait que la cape de Cyrano était trop grande. S’il ne fallait sauver qu’un film de la filmographie de Gérard Depardieu - et Dieu sait que, parmi les choix douteux, nombreux, il y a tant de grandes réussites -, il faudrait à tout prix sauver ce Cyrano. Drôle, émouvant, inspiré, frondeur, rarement personnage s’est-il collé d’aussi près à un acteur de cette trempe. À vue de nez, un chef-d’oeuvre.

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