À voir le dimanche 3 mars - Un « road-movie » des origines

Route 132 traite d’un sujet grave: le deuil d’un enfant. Dès lors qu’il le tient dans ses bras pour la première fois, l’idée de perdre sa progéniture ne hante-t-elle pas d’emblée le parent? Confronté au pire, comment réagit-on?


Guidé par une sorte d’instinct de survie, Gilles, un père éploré, quitte Montréal et suit ladite route jusqu’au lieu des étés insouciants de son enfance, à Kamouraska. L’accompagne, le soutient et le supporte dans son périple Bob, bum par défaut, receleur plein de bagout et ami du temps des genoux éraflés, lui-même en quête d’une autre vie. Devant l’abîme pour l’un, un cul-de-sac pour l’autre, Gilles (formidable François Papineau) et Bob (non moins excellent Alexis Martin) opèrent un virage existentiel radical et se lancent aux confins d’une route-métaphore au bout de laquelle réside la vague promesse d’un remède à la peine du premier et à l’insatisfaction du second.


Bob à ses côtés, Gilles entame non pas une errance, mais une sorte de pèlerinage à moitié assumé dans le Bas-du-Fleuve. Tous deux suivent la 132, les grandes eaux. Saint-André-de-Kamouraska, Notre-Dame-du-Portage, Cacouna... et, comme par hasard, Gilles a de la parenté de-ci, de-là: une grand-mère (merveilleuse Janine Sutto) à qui on rend visite bien peu souvent et qui, pourtant, comprend exactement ce que vit son petit-fils pour l’avoir elle-même vécu; un cousin casque bleu dont les blessures ne se voient pas mais s’entendent; une tante (émouvante Andrée Lachapelle) gardienne de tous les souvenirs...


À l’instar de leurs protagonistes, le cinéaste Louis Bélanger et son coscénariste Alexis Martin ont remonté le fleuve afin d’aller quérir un Québec dont on parle peu. Route 132 étant programmé en fin de soirée, le recours à l’enregistreur numérique est indiqué. Dommage que ce beau film ne soit pas diffusé à une heure de grande écoute. La télévision publique ne voudrait pas qu’il soit vu qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

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