À voir le vendredi 1er mars - Autres temps, autres moeurs ?

La Nouvelle-Orléans en 1917. Dans le quartier de Storyville où règne, en toute légalité, la prostitution, la maison de Mme Nell se porte on ne peut mieux. Parmi ses «filles» les plus populaires se trouve Hattie, belle rouquine qui ne voit aucun inconvénient à ce que sa fille de 12 ans, Violet, suive ses traces plus tôt que tard.


Or des jours sombres se dessinent à l’horizon, car bientôt le gagne-pain de ces dames deviendra illégal. Sur ces entrefaites arrive en ville Ernest J. Bellocq, photographe se spécialisant entre autres dans la photographie de prostituées. Dès que son regard se pose sur Violet, Bellocq, une vraie figure historique, est fasciné par la beauté et l’ingénuité de celle-ci.


Avec semblable prémisse, le film La petite (v.f. de Pretty Baby) aurait pu sombrer corps et âme dans le scabreux. Mais avec le cinéaste français Louis Malle à la mise en scène et Sven Nykvist (presque tout Bergman) à la photo, on peut être rassurés. Certes, le film fit scandale lors de sa sortie en 1978, pas tant pour le sujet (quoique) que parce qu’on y voyait la toute jeune Brooke Shields en tenue d’Ève (scènes escamotées depuis par un recadrage sur les différentes éditions DVD). Avec sensibilité et intelligence, le scénario de Polly Platt, plus tard productrice émérite (La guerre des Rose), évite les écueils du sensationnalisme ou du mauvais goût, du douteux sous couvert d’art, choisissant plutôt de documenter, à défaut de le comprendre ou de l’approuver, un univers ayant bel et bien existé.


Dans le rôle de Hattie, Susan Sarandon laissait déjà présager tout son potentiel inexploité. Louis Malle fera de nouveau appel à elle pour Atlantic City. En photographe tourmenté, David Carradine (Nashville) est impeccable. Toutefois, si La petite demeure vaguement notoire à ce jour, c’est avant tout grâce à la présence de la toute jeune Brooke Shields, qui ne tourna malheureusement jamais dans un meilleur film par la suite.

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