À voir le mercredi 27 février - Obéis à ton maître (du suspense)

En 1961, Alfred Hitchcock profitait d’un moment de détente devant le Tonight Show lorsqu’une vision surgit du petit écran au détour d’une publicité de boisson gazeuse. Belle et distinguée, et surtout blonde, Tippi Hedren tapa dans l’oeil du maître du suspense, tant et si bien que ce dernier convainquit la mannequin new-yorkaise de signer un contrat d’exclusivité avec lui. Croyant vivre un rêve, Tippi Hedren se réveilla plutôt en plein cauchemar pendant le tournage du film Les oiseaux, chef-d’oeuvre qui procura bien du plaisir aux cinéphiles mais qui causa bien du désagrément à la jeune femme.


Produit par HBO, La muse revient sur cet épisode peu glorieux en donnant la parole à la victime, interprétée avec nuance par Sienna Miller. Toby Jones campe un Hitchcock troublé, à des lieues de l’image publique affable retenue par l’histoire, tandis qu’Imelda Staunton tient son bout en épouse bafouée mais digne. Le harcèlement sexuel est affaire de pouvoir.


Au début des années 1960, Hitchcock était au faîte de sa gloire. Et de son pouvoir. Au cinéma, La mort aux trousses avait connu en 1959 un succès énorme. L’année suivante, après des embûches de préproduction (voir le film Hitchcock), Psycho s’était mué en véritable phénomène. À la télévision, l’émission Alfred Hitchcock présente cartonnait toujours, en plus d’avoir fait de son auteur une icône populaire adulée. Infatué par sa propre omnipotence, le «maître» a-t-il succombé à l’hybris? Comment expliquer autrement le comportement obsessionnel et les abus divers - et graves, qu’on se le dise - qu’il fit subir à sa muse?


Parce qu’il fut un génie, on voudrait qu’Hitchcock ait également été un grand homme. Peut-être le fut-il, mais pas dans ses rapports avec Tippi Hedren. Après la première de La muse, un concert de voix outrées s’est fait entendre, disputant ici les intentions, là la chronologie. Lorsqu’on condense en 90 minutes des événements qui se sont déroulés sur plus de deux ans, on prend forcément des raccourcis. Ceux qu’emprunte La muse sont parfois agaçants, mais, sur le fond, la proposition demeure intéressante, et surtout valable.

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