Sun News réclame un «surclassement» du CRTC

Pierre Karl Péladeau
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Pierre Karl Péladeau

Dans une lettre ouverte diffusée lundi, le président maintient sa position de principe en matière économique. Il ajoute cependant que le secteur de la télévision demeure hautement réglementé au Canada. Or, dans ce contexte, M. Péladeau affirme réclamer le même traitement que ses concurrents, ni plus ni moins.


« Nous ne cherchons pas de faveurs spéciales, écrit-il. Nous ne voulons pas être mieux traités que les autres. Mais nous ne voulons pas non plus être moins bien traités, alors que c’est ce que nous subissons maintenant. »


Cette lettre ouverte répond directement à un texte du chroniqueur Andrew Coyne publié le 23 janvier par The National Post et le lendemain par The Gazette. L’argument du commentateur réputé à droite, comme le réseau et le patron de Québecor, tenait à cette phrase : « Désolé, Sun News, mais pour survivre en affaires, vous ne pouvez pas espérer de traitement de faveur. »


La controverse découle de la demande de Québecor auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour que tous les abonnés au câble paient des redevances à sa nouvelle chaîne de télévision. Pour l’instant, cette obligation ne concerne que dix réseaux, dont Météomédia, CPAC, APTN, TVA, CBC et Radio-Canada.


Il ne reste que deux chaînes spécialisées en information dans cette situation profitable, RDI en français et CBC News Network en anglais. D’autres réseaux d’information continue, comme CTV News, ont bénéficié de l’abonnement obligatoire pendant des années jusqu’à l’an dernier en fait.


Sans cette faveur, l’avenir de la chaîne d’information continue serait menacé. La toute jeune concurrente aurait perdu 17 millions l’an dernier. En plus, Sun News Network, inauguré en avril 2011, ne peut rejoindre que la moitié des foyers du pays.


Le réseau en anglais souhaite une redevance obligatoire de 9 ¢ par mois et par abonné du Québec (à majorité francophone) et de 18 ¢ par mois et par abonné dans le reste du pays. Cette disposition absorberait facilement le déficit.


Les opinions se divisent autour de cette demande. Sans surprise, des commentateurs de Québecor l’approuvent. Des alliés idéologiques objectifs de Sun News, comme M. Coyne, réclament de respecter les règles du marché qui vomit les faibles. Des adversaires du réseau ouvertement de droite et pour le moins antikeynésien ont souligné l’ironie du soudain appel à une forme de protection de l’État.


Dans sa lettre, le président Péladeau prend acte de la réglementation du marché. Il ajoute que, sans un changement des règles, les consommateurs seront forcément orientés vers les réseaux historiques, freinant du même coup les possibilités d’innovation. « [Cette approche] serait fatale non seulement pour Sun News, dit-il, mais pour toute nouvelle chaîne d’information continue et pour toutes les nouvelles chaînes consacrées à du contenu canadien. »


Le CRTC a refusé de « surclasser » Sun News en lui accordant une licence en 2010. Artv demande aussi une modification qui rendrait obligatoire son abonnement au Canada anglais.


Les nouvelles audiences se tiendront le 20 mars. Le Conseil doit aussi juger les demandes de hausses des redevances pour les dix chaînes à distribution obligatoire.

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