À voir le mercredi 30 janvier - Fantine des temps modernes

La proposition en elle-même est déroutante. À cheval entre la fabrication, l’enquête et la téléréalité, ce documentaire d’inspiration littéraire est d’abord né d’un pari. Celui, un peu fou, de transposer l’univers noir et torturé des Misérables - écrit par Victor Hugo il y a maintenant plus de 150 ans - dans la folle modernité qui caractérise le début de notre siècle marqué par l’austérité.

 

«Ce livre, c’est l’Histoire mêlée au drame. Un vaste miroir reflétant les détresses du genre humain», résume d’entrée de jeu le réalisateur français Didier Martiny.

 

Au contraire d’un Tom Hopper qui a fait son chemin jusqu’aux Oscar avec une version hollywoodienne lisse et chantée, ce dernier a préféré faire éclater les contours de l’oeuvre mondialement reconnue en confrontant les archétypes d’hier pour mieux éclairer ceux d’aujourd’hui en puisant directement dans le fait vécu.

 

De sa Fantine, il dira que «c’est la société s’achetant une esclave à la misère». C’est ainsi qu’il raconte l’histoire vraie de Tiffany, cette enfant de la balle, elle-même jeune mère sans logis, sans travail et sans repères qui raconte sa lutte pour récupérer son enfant. Suit l’histoire de Milko Paris, alias Jean Valjean, «l’homme meurtri, l’histoire d’une rencontre et d’une rédemption». «J’ai compris que ce que je faisais de mal me détruisait et que ce que je faisais de bien me nourrissait», explique l’ancien détenu aujourd’hui repenti.

 

De Gavroche (émouvant Roberto, jeune Rom gouailleur à souhait qui fait la manche pour survivre) aux Thénardier, de Cosette à Marius en passant par l’inspecteur Javert, Didier Martiny monte ici une étonnante galerie de héros modernes ordinaires. Ceux-ci n’ont rien à envier à leur alter ego littéraire, leur destin se répondant avec une concordance confondante qui force la fascination.

 

Malgré quelques bonds en arrière pour revisiter le chef-d’oeuvre d’Hugo, notamment par une recons-titution historique sans intérêt, force est de constater toutefois que le réalisateur a privilégié le ressenti télé-visuel à la résonance de la prose hugolienne. Cela est dommage, son documentaire finissant par prendre des airs troublants - et plus convenus - de téléréalité, tant sur la forme que sur le contenu.

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