À voir le dimanche 27 janvier - Bonheur en boîte pour classes moyennes montantes

On apprenait mercredi dernier que la crise profite au titan de l’ameublement à monter soi-même: l’entreprise d’origine suédoise, qui compte près de 300 magasins dans 26 pays, indiquait dans son rapport annuel que son bénéfice net avait augmenté de 8 % pour atteindre 4,22 milliards de dollars.

 

Il faut dire qu’en ces temps difficiles pour bien des consommateurs, les meubles en kit de la marque en bleu et jaune s’avèrent un choix économique et pratique quand le besoin de changer son décor se fait sentir. Le rapport qualité/prix et le design épuré et «tendance» de ces produits font oublier à plusieurs les travers moins acceptables de l’entreprise, qui a effacé les femmes de son dernier cata-logue saoudien, qui aurait utilisé des prisonniers politiques comme main-d’oeuvre en Allemagne de l’Est dans les années 80, qui a été «nommée» au «Sweatshop Hall of Shame» par l’International Labor Rights Forum en 2010...

 

Les «heureux» consommateurs de meubles à monter soi-même que nous rencontrons dans ce documentaire de la chaîne Arte, très justement sous-titré «À quoi rêvent les classes moyennes?», ne semblent pas trop se préoccuper de ce côté moins reluisant d’IKEA et témoignent plutôt de leur bonheur de magasiner pour leur décor du quotidien dans les énormes magasins labyrinthiques mais tout de même conviviaux de ce géant du mobilier.

 

On suit donc trois «ménages» habitant dans des pays où IKEA a installé ses pénates depuis moins d’une dizaine d’années: un jeune couple de professionnels chinois qui y a meublé son chic studio d’une tour de banlieue et qui fréquente cette chaîne comme d’autres vont au centre commercial; un couple d’avocats israéliens et ses quatre enfants qui ont quitté la grande ville pour s’installer dans un kibboutz aux allures de banlieue; enfin, deux amis russes, des trentenaires universitaires, qui ont racheté un édifice historique à l’abandon de Saint-Pétersbourg pour en faire une auberge de jeunesse.

 

Chacun témoigne de ses rêves, de ses ambitions personnelles et bien sûr de son attachement à la marque, symbole de modernité et d’une certaine «originalité», même si, comme l’explique le couple israélien, «on croit faire différemment des autres» en achetant chez IKEA, «mais on est tous pareils, uniformes». Les séquences de tournée de magasinage dans les succursales de chacun des pays visités confirment d’ailleurs cette impression d’uniformité mondiale: quiconque a déjà mis les pieds dans un de ces immenses labyrinthes de la consommation effrénée s’y reconnaîtra... et s’en désolera sans doute, un peu.

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