Télévision à la une - Un air de famille

Photo: Historia

Un homme, une femme. Une femme, un homme. En gros, ça résume quelque chose d’assez fondamental. Un doublé de la chaîne Historia s’attaque au sujet inépuisable avec audace et originalité. Le résultat vaut d’autant plus le détour qu’il se concentre sur cette dichotomie essentielle à partir de son ancrage dans la réalité québécoise francophone.

 

Il fallait quand même resserrer le vaste sujet. C’est fait, et bien fait. Le diptyque s’attarde aux mutations du modèle traditionnel et nucléaire à partir de 1939-1940. Un volet (Reine du foyer) s’attarde aux transformations du féminin. Un autre (Papa à raison) se penche sur le masculin. C’est simple et diablement efficace.

 

«Dans l’histoire occidentale, la division entre les rôles masculin et féminin n’aura jamais été aussi marquée que pendant les quinze années suivant la Deuxième Guerre mondiale, avec les hommes au travail à l’extérieur et la femme à l’intérieur du foyer», explique la narration de Reine du foyer.

 

Papa a raison tire la même conclusion et en rajoute: «Dans notre histoire, les rôles sexuels n’ont jamais été aussi nettement définis et divisés dans toutes les sphères de la société occidentale que durant cette période qui va de la Deuxième Guerre mondiale à la Révolution tranquille. On prétend que les hommes dominent alors tous les aspects du monde social, économique et politique, tandis que les femmes règnent sur leur foyer. C’est l’apogée du patriarcat.»

 

Le panorama oscille entre les commentaires des témoins et des spécialistes sur fond d’images d’époque. Les documents d’archives, souvent tirés de collections privées, étonnent par leur pertinence et leur richesse. Les familles québécoises se suivent caméras en main depuis des décennies et ces séries en profitent largement. D’ailleurs, cette riche histoire des Québécoises et des Québécois en quatre épisodes rappelle les beaux livres de l’historienne populaire Hélène-Andrée Bizier, qui a utilisé le matériel photo pour ses propres ouvrages parus chez Fides.

 

Plus aboutie


Des deux propositions télévisuelles, celle sur les femmes semble la plus aboutie, la plus éclairante aussi. Les historiennes rappellent les conditions de survie pénibles au temps de la colonie, puis dans les usines de l’ère industrielle. Les différents volets s’échangent les experts et les simples citoyens qui parlent donc des deux sujets.

 

Un invité raconte la vie de ses grands-parents en Abitibi, dans les années 1920 et 1930. Les enfants de la colonisation intérieure doivent se rendre à l’école du village à pied et souvent pieds nus. En route, ils suivent des troupeaux de vaches et se plantent les petons dans les bouses pour les réchauffer.

 

Les hommes sont cultivateurs, bûcherons, ouvriers ou petits fonctionnaires, quand ils ont du travail. Les femmes triment dur à la maison pour élever et nourrir des enfants en surnombre. Les rôles semblent figés pour toujours.

 

La guerre est la grande faucheuse de cette tradition. À la maison, pendant le conflit, les femmes recyclent tout, y compris les os, qui servent à fabriquer la précieuse nitroglycérine nécessaire pour fabriquer des bombes. Elles tricotent pour les soldats, leur écrivent des nouvelles positives. Elles gèrent les carnets de rationnement qui décident des portions de sucre, de café, de beurre.

 

Elles doivent aussi remplacer les hommes dans les usines, souvent dans des postes très qualifiés, par exemple pour assembler des avions, le Canada étant «l’aérodrome du monde libre», selon une autre formule forte de Churchill. Pour les attirer, le gouvernement ouvre des garderies sur les lieux de travail.


En 1941, il y a déjà 60 % de plus de femmes salariées qu’en 1934. En 1942, leur nombre est multiplié par cinq. Cette année-là, elles sont intégrées directement dans les forces armées, partout, sauf aux postes de combat.

 

Cette situation exceptionnelle et nouvelle a des effets étonnants et inattendus. «Les femmes vont développer leur capacité à vivre sans hommes et à s’organiser», résume une historienne.

 

La fin de la guerre va mettre fin à cette liberté gagnée par le boulot rémunéré. Les femmes doivent céder leurs emplois aux soldats démobilisés et retourner à leur foyer, dont elles deviennent la reine, pour le meilleur et pour le pire.

 

Cette femme à la maison constitue en plus un allier précieux de la société de consommation en pleine expansion. Les électroménagers concentrent cette idéologie de la modernité domestique. La mode aussi reflète cette nouvelle division des fonctions, avec une reféminisation outrancière des vêtements pour femmes tandis que les hommes restent fidèles à leurs complets gris ou bleus.

 

Une femme en robe. Un homme à chapeau mou. En gros, ça résume quelque chose d’assez fondamental...

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